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Ségolène Royal en Finlande : le bien être au travail et l’innovation , parmi les moteurs de l’efficacité économique‏

Posté par goalexandre le 8 février 2011

Lettre d'information de Ségolène Royal

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Chers amis de Désirs d’Avenir,

Lors d’une réunion de travail avec les responsables de l’Institut Finlandais du Travail, un organisme de recherche spécialisé dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail et rattaché au Ministère des affaires sociales et de la santé,  j’ai eu ici la confirmation de l’efficacité des propositions que je fais depuis plusieurs années, à savoir l’importance du bien être au travail. Je l’avais dit lors de la réforme des retraites . C’est appliqué ici depuis plusieurs années.

Lors de leur démonstration passionnante sur les réformes menées ici, ces spécialistes des conditions physiques et psychologiques au travail résument leur engagement avec cette phrase «  le bien-être crée la productivité ». Leurs objectifs sont multiples : créer des communautés de travail innovantes, garantir à chaque citoyen la sécurité, la santé, le bien-être au travail , apporter des solutions en vue d’une participation croissante à la vie active et contrôler les nouveaux risques liés au travail.

Ils ont réussi, grâce à leurs travaux qui ont débouché sur des réformes concrètes, à faire baisser considérablement le taux de chômage des seniors. En 10 ans, le taux d’emploi des 55-64 ans est passé de 35% à 56% ( il est aujourd’hui en France de 39%). Et le gain en résultant pour les entreprises qui font des « aménagements » peut atteindre 20% du bénéfice (qui est ici réparti entre les salariés et l’entreprise).

Par la suite, la délégation a tenu une réunion de travail avec SITRA, principal Think Tank finlandais, créé en 1967 à l’initiative du Parlement, dont la mission est de réfléchir et de trouver des solutions pour la modernisation du pays, en protégeant l’Etat-providence et l’innovation technologique, sociale et sociétale. Après avoir contribué à la construction de l’Etat-providence dans les années 70 et 80, SITRA s’est fixé dans le contexte nouveau de mondialisation, de vieillissement de la population et de crise écologique, un nouvel objectif : trouver les clefs du bien-être pour les Finlandais et de la vitalité économique du pays en protégeant l’Etat-providence.

Pour ce faire, SITRA qui est indépendant du Gouvernement, définit des projets de recherche qu’elle confie à des spécialistes du monde entier. Les résultats sont ensuite mis à la disposition du grand public et des décideurs qui peuvent en débattre et amener le Parlement à adopter de nouvelles législations.

Cette manière d’alimenter le débat public pour faire évoluer positivement la société, correspond à la vision que j’ai d’une démocratie ouverte et transparente dans les grands choix qu’elle a à faire. C’est cette manière de faire de la politique que je mets en œuvre dans mes responsabilités, notamment à la tête de la Région Poitou-Charentes, au travers de la démocratie participative et de la priorité donnée au bien-être, au bien-vivre et à l’innovation. L’exemple finlandais nous engage à poursuivre et amplifier cette action.

Pour terminer cette visite de travail en Finlande, j’ai prononcé un discours dans le cadre d’un séminaire consacré à : « l’Union européenne après la crise », au cours duquel j’ai rappelé trois vérités  sur l’Europe :

-L’Europe surendettée est aujourd’hui étranglée par les spéculateurs qu’elle a nourris.

-C’est la Chine qui nous prête de l’argent et finance nos économies, et cette situation est dangereuse

-L’Europe paie en matière économique son désarmement politique et intellectuel

J’ai également fait trois propositions :

-Retrouver l’esprit des pionniers en portant une vision pour l’Europe

-Construire les Etats Unis d’Europe

-Mettre en place une politique économique et sociale pour l’Union Européenne


J’ai conclu en indiquant que « ce que j’entends mettre au service de l’Europe, ce ne sont pas des mots. C’est l’énergie chaque jour renouvelée d’une conviction.
C’est une ardeur inlassable pour convaincre, car notre avenir est là. Notre espérance aussi, par delà les doutes, les suspicions, les déceptions. Notre génération doit cela aux nouvelles générations, nous qui avons reçu de la génération de l’après guerre : la paix, la prospérité, l’Europe avec son modèle social.
Alors ouvrons la voie et avançons avec courage en faisant l’Europe avec les peuples et non pas contre eux. »

Ségolène Royal




 

Intervention de Ségolène ROYAL – Helsinki – Mardi 8 fevrier 2011

Aujourd’hui, c’est un regard lucide que l’Europe doit porter sur elle-même.

Trois vérités et trois propositions

1/ Première vérité, l’Europe surendettée est aujourd’hui étranglée par les spéculateurs qu’elle a nourris.
L’ironie tragique de cette histoire, c’est que nous avons laissé prospérer les oiseaux de malheur qui planent désormais au-dessus de l’Europe. Voyez-les bien : ils ne se contentent pas d’attendre l’effondrement qu’ils prédisent ; ils cherchent à le provoquer. Ils étaient hier au dessus de la Grèce ou l’Irlande ; ils sont aujourd’hui à l’affût des faiblesses espagnoles ou portugaises. Et demain ?
Ces spéculateurs-vautours, nos pays les ont nourris et engraissés.
Cela ne date pas d’hier, mais de longtemps.
Premièrement, la source de notre endettement abyssal réside dans les baisses d’impôts massives dont ont profité les plus riches, ceux-là même qui demandent à leur banque ou à leur gestionnaire de fortune d’obtenir les rendements les plus élevés pour leurs placements financiers. Le hold up s’est fait au nom d’une vertu appelée compétitivité, mantra dissimulant dumping fiscal, moins-disant social, alignement par le bas.
Bouclier fiscal, fiscalité avantageuse sur le patrimoine, les filiales, les sièges sociaux ou les revenus de l’épargne, abattements, niches, déductions et crédits d’impôts en tout genre : le budget de nos Etats a été grevé par ceux, grandes entreprises et particuliers fortunés, qui ont été les bénéficiaires de toutes les largesses et de tous les cadeaux. Ceux qui ont fait leur beurre sur la compétition de tous contre tous au sein de l’Union. Les profiteurs d’une guerre économique qu’ils ont orchestrée.
Deuxièmement, la dette publique vient des banques et des fonds spéculatifs que les citoyens ont renfloués par leurs impôts via les Etats , au bord du gouffre, et qui se retournent contre les Etats en leur reprochant leur endettement. Aucune reconnaissance du ventre. Juste le dérèglement irrationnel de leur voracité.
Hausse des primes de risques, chantage au « triple A » de la part d’agences de notation vendues aux banques, spéculation à la baisse… L’irrationalité confine à la folie du système lorsque les spéculateurs qui s’alarment de l’endettement et exigent la rigueur sanctionnent les Etats qui obéissent à leurs oukases et voient leur perspective de croissance dramatiquement diminuées.
Il y a un vieux proverbe dans lequel un serpent susurre : « si tu bouges, je te mords, si tu ne bouges pas je te mords aussi ». « Si tu ne mets pas en place une politique de rigueur, je te mords, et si tu appliques la rigueur, je te mords aussi » ! Voilà où nous en sommes et c’est pourquoi l’Europe sociale doit se faire par un pouvoir politique qui décide au nom des peuples et pas contre eux.

2/ Deuxième vérité, c’est la Chine qui nous prête de l’argent et finance nos économies.
Nous rêvons d’une Europe indépendante, forte, qui parle d’égal à égal avec les puissances du monde. Nous rêvons d’un monde multipolaire, où les puissances s’équilibrent.
Nous découvrons une Europe mise à genou par le chantage des spéculateurs et achetée par les grands pays émergents. Ces derniers, au moins, ont compris ce que la bêtise des marchés à occulté : qu’il est rentable de détenir des actifs grecs, portugais ou espagnol, parce qu’il s’agit d’Etats, parce que les difficultés auxquelles ils font face n’effaceront pas cette évidence : qu’ils survivront et qu’ils retrouveront bientôt le chemin de la croissance.

Mais voilà des pays européens qui s’exposent à vivre entre les mains de puissances non européennes. A leur merci.
Nous devons retrouver une politique d’indépendance européenne, qui ne soit pas le rêve illusoire de la forteresse isolée, mais qui ne soit pas non plus la naïveté de l’ouverture à tous les vents.

3/ Troisième vérité, l’Europe paie en matière économique son désarmement politique et intellectuel.
L’Europe s’est affaiblie en endossant de la manière la plus radicale les dogmes les plus obtus. Elle a théorisé son propre effacement politique derrière l’application indifférenciée, non circonstanciée et mécanique de règles juridiques : règles de la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux ; clause de non renflouement des Etats endettés et de non achat par la banque centrale européenne des dettes souveraines ; définition rigide et artificielle de la convergence budgétaire avec le pacte de stabilité.
Elle a refusé pendant trop longtemps la faculté de discernement qu’exige la juste compréhension des circonstances, le pragmatisme qu’appelle la réflexion authentique et la force d’adaptation que demande l’action au service de tous.
Certains font de l’euro le responsable de nos maux. Mais l’euro n’est pas le problème en lui-même. Et à la question : « est-il économiquement raisonnable d’envisager aujourd’hui un retour aux monnaies nationales comme le proclament les partis populistes ? » je réponds catégoriquement « non ». L’effondrement économique et social serait violent.
Non, le problème aujourd’hui n’est pas l’euro, qui nous protège dans la limite de ses possibilités. Le problème, c’est que cette harmonisation radicale que fut la fusion de nos monnaies ne s’est accompagnée d’aucune harmonisation économique et fiscale.
Avec l’euro, nous aurions dû inventer une nouvelle économie de droits et de devoirs. Les marges de manœuvre que les Etats perdaient au niveau national, ils auraient dû les retrouver au niveau européen, au travers d’un budget jouant sa fonction de stabilisation macro-économique en cas de crise, de redistribution et de financement des grandes politiques structurantes, de stratégies d’investissement dans les filières du futur.
Cela n’a pas été le cas.

Chers amis

Sur le grand échiquier mondial, l’Europe demeure, envers et contre tout, une pièce maîtresse. Elle n’est pas un continent musée, sans autre avenir que la mémoire de son passé. Elle est la première puissance commerciale mondiale, un espace de 500 millions de personnes dont le rayonnement attire des femmes et des hommes, des investissements du monde entier.
Notre flamme brûle toujours.
A nous de l’entretenir.
Je n’ignore pas les divisions qui existent. Les réticences de certains pays à avancer sur la voie d’une plus grande intégration et d’une plus grande solidarité, notamment financière.
Je n’ignore pas les défis, les forces de frottement, les résistances : crainte d’une dépossession et d’une fragilisation des Etats au profit de la Commission et du Parlement européen ; soupçon d’entretenir en augmentant le budget de l’Union un tonneau des danaïdes sans fin ; postérité de la phrase de Margaret Thatcher : « I want my money back ».
Je n’oublie pas les discussions infinies qui ont été nécessaires pour accoucher du nouveau fonds de gestion des crises, dont il est à craindre qu’il ne résoudra pas grand-chose. Je n’oublie pas le refus obstiné de certains Etats membres de créer un système d’euro-obligation, qui aurait permis à tous les pays d’emprunter à des taux plus faibles.
Mais enfin, ces difficultés ont toujours existé et je voudrais malgré tout cela tenir un message optimiste et vous faire trois propositions :

1) Retrouvons une vision
Ne commettons pas l’erreur de penser qu’elles sont plus fortes aujourd’hui qu’hier. La seule différence, c’est que nos responsables politiques avaient sans doute par le passé cette conviction profonde, cette vision, cette volonté qui leur donnait la force d’avancer et de surmonter les obstacles. L’Europe n’était pas un sujet comme un autre, détourné à des fins de politique intérieure – pensez à l’épisode infâmant des Roms.
C’est avec cet esprit des pionniers que nous devons renouer.

2) Les Etats-Unis d’Europe à construire
Et c’est pourquoi, je le redis ici comme je l’ai dit à Athènes, à Paris et chaque fois que je parle d’Europe, notre nouvelle frontière, c’est la création d’Etats-Unis d’Europe.
En disant cela, je refuse d’entrer dans un débat institutionnel stérile, oscillant entre confédération et fédération. L’Europe est toute entière dans une tension créatrice entre l’intégration supranationale et la logique des Etats. L’une ne s’oppose pas à l’autre.
Les Etats-Unis d’Europe, c’est une fédération d’Etats Nations, comme le disais parfaitement Jacques Delors.
Les Etats-Unis d’Europe, c’est d’abord un objectif politique, traduit dans des politiques concrètes, au premier rang desquelles un pacte de sécurité et d’innovation économique puissant parce que volontaire, social et écologique.
La monnaie unique appelle une convergence nécessaire des taux d’inflation, des déficits et de l’endettement. Il n’est pas question de renoncer à un pacte de stabilité commun. C’est un souci de justice, pour éviter que certains pays ne mènent des politiques insoutenables et n’en fassent payer le prix aux autres. L’exigence allemande est de ce point de vue parfaitement légitime. Je la soutiens.

Mais il est temps d’aller au-delà.

Mission impossible ? Nullement.

3) Une politique économique et sociale pour l’Union européenne est possible
L’œuvre de titan accomplie avec la création d’une monnaie européenne, pourquoi serait-il impossible de l’accomplir pour refonder la politique économique et sociale de l’Union ?
Taxation des mouvements de capitaux spéculatifs ; renouvellement du mandat de la Banque centrale européenne, qui prenne acte de sa crédibilité désormais bien installée pour élargir son périmètre d’intervention ; agence de notation européenne pour la notation des Etats ; nouvelles règles de supervision des banques et des fonds spéculatifs…
Pourquoi ce que nous avons pu accomplir par le passé, ne pourrions-nous pas l’accomplir demain ?
Ce que j’entends mettre au service de l’Europe, ce ne sont pas des mots. C’est l’énergie chaque jour renouvelée d’une conviction.

C’est une ardeur inlassable pour convaincre, car notre avenir est là. Notre espérance aussi, par delà les doutes, les suspicions, les déceptions. Notre génération doit cela aux nouvelles générations, nous qui avons reçu de la génération de l’après guerre : la paix, la prospérité, l’Europe avec son modèle social.

Alors ouvrons la voie et avançons avec courage en faisant l’Europe avec les peuples et non pas contre eux.


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