Le Voyage de Ségolène Royal en Inde

Chers amis

Pour des raisons d’emploi du temps, je n’ai pas pu vous faire part des entretiens que j’ai eus avec le Premier ministre indien, Manmohan Singh et Sonia Gandhi avant aujourd’hui. En voici la teneur :

Au début de notre entretien j’ai fait observer que les unes des journaux indiens étaient les mêmes que celles des journaux Français. La flambée des prix alimentaires et le problème des OGM, autant de questions qui se posent en Europe comme en Asie ou en Amérique !

J’ai souhaité aborder le cas d’Arcelor Mittal. J’ai expliqué le ressentiment justifié des salariés face à cette délocalisation. Manhmohan Singh m’a répondu sans détour qu’une entreprise devait faire preuve de responsabilité à l’égard des territoires sur lesquels elles sont implantées.

Bien d’autres points ont également été évoqués :

L’Inde apprécie le soutien que lui apporte la France dans sa candidature à un siège permanent au Conseil de sécurité, dans l’élargissement du G8 aux pays émergents et dans la mise au point d’un statut particulier devant permettre à l’Inde de reprendre ses coopérations nucléaires civiles avec le reste du monde.

S’agissant des échanges économiques, la France exporte vers l’Inde deux fois moins que le Royaume-Uni ou l’Allemagne mais son commerce avec l’Inde est équilibré (2,5 milliards d’euros dans chaque sens) et les exportations françaises augmentent rapidement. L’objectif est de doubler les échanges d’ici 2012. J’ai indiqué que nous devions favorisons une politique d’investissement industriel français en Inde et indiens en France.

Plusieurs centaines de milliers d’étudiants indiens poursuivent leurs études supérieures à l’étranger et d’abord dans les pays d’expression anglaise. La France n’en reçoit que 1 500 alors qu’elle reçoit 17 000 Chinois. Une politique active visant la promotion des études supérieures en France a donc été engagée depuis plusieurs années, notamment avec le concours de certaines Régions et de Campus France. Cette politique doit être une priorité.

Les questions internationales globales ont fait l’objet d’un tour d’horizon complet :

1. Environnement et changement climatique

L’Inde est consciente de l’impasse écologique dans laquelle elle risque de se trouver par une pression démographique croissante sur une terre que le changement climatique affectera durement. Cependant, elle estime que les pays industrialisés doivent prendre leurs responsabilités les premiers et qu’elle ne saurait adopter des politiques qui freineraient sa croissance économique, clé de la baisse de la pauvreté. Il faut trouver des formules qui permettent de financer sans surcoût l’accès aux technologies propres.

2. Terrorisme

L’Inde est durement frappée par le terrorisme islamiste du fait de la question du Cachemire et de l’existence de cellules liées à Al Qaida dans certaines villes. Elle attache une importance capitale à la coopération internationale. Elle souhaite que les pays occidentaux restent vigilants à l’égard du Pakistan.

3. Multilatéralisme

L’Inde estime qu’elle n’occupe pas la place qui lui revient dans les instances multilatérales (Conseil de sécurité, FMI, Banque mondiale, G8). Elle apprécie la position de la France et avait apporté son soutien à la candidature de Dominique Strauss-Khan au FMI parce que celui-ci portait un message d’ouverture aux pays émergents.

Sur le plan régional, l’objectif de l’Inde est d’assurer la paix et la stabilité.

- Chine et Tibet

La Chine est le grand rival de l’Inde. Personne n’a oublié l’invasion de 1962. La Chine revendique encore une partie du territoire de l’Etat indien au Nord Est (l’Etat de Arunachal Pradesh). Néanmoins, les deux pays se sont entendus depuis plusieurs années sur une politique de normalisation progressive et la Chine est le premier partenaire commercial de l’Inde.

En ce qui concerne le Tibet, l’Inde accueille depuis 1959 le Dalaï Lama et quelques 150,000 réfugiés tibétains. Dans leur grande majorité, les Indiens considèrent le Dalaï Lama comme un grand leader religieux et une personnalité attachée à la non-violence, et ont de la sympathie pour les revendications tibétaines. Si l’Inde appelle la Chine au dialogue et au respect de l’identité culturelle tibétaine, elle prend soin de ne rien faire qui puisse être interprété par Pékin comme un appui aux séparatistes.

- Iran

L’Inde entretient des relations très anciennes et très proches avec l’Iran. Si elle approuve la politique internationale visant à prévenir l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire, elle estime que les sanctions sont inefficaces et craint une offensive militaire qui serait une catastrophe humaine, politique et économique.

- Pakistan

Depuis plusieurs années, l’Inde et le Pakistan conduisent avec difficulté mais constance un processus de normalisation. Au lendemain de l’attentat qui a coûté la vie à Benazir Bhutto, l’Inde a suivi avec anxiété les élections et a vu, avec soulagement, l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition. Elle est cependant sceptique sur la solidité de cette alliance et se demande dans quelle mesure les services secrets pakistanais, qu’elle accuse de soutenir les mouvements séparatistes au Cachemire et de laisser faire des opérations terroristes, accepteront une complète dévolution du pouvoir aux civils.

- Birmanie

L’Inde entretient avec ce pays une relation de bon voisinage et il est capital pour elle de la maintenir afin de contrôler autant que faire se peut la main-mise chinoise. Sensible à l’hétérogénéité ethnique de la Birmanie, l’Inde considère qu’un pouvoir fort est nécessaire à Rangoon pour contrôler les risques séparatistes. Dans ces conditions, si l’Inde appuie la politique de l’ONU en vue de la dévolution du pouvoir aux forces démocratiques et si elle a toujours été proche d’Aung San Suu Kyi, elle désapprouve toute tentative d’imposer des sanctions internationales à la junte. J’ai évidemment marqué mon désaccord avec cette position.

- Afrique

Enfin, ma visite a coïncidé avec la conclusion du 1er sommet Inde-Afrique qui a rassemblé à Delhi une dizaine de Chefs d’Etat et de gouvernement africains. Ce premier sommet est, pour l’Inde, l’occasion de resserrer ses liens avec un continent où la Chine est particulièrement agressive mais qui recèle des ressources naturelles particulièrement nécessaires à la croissance économique du pays. Le Premier ministre était manifestement très satisfait de ce sommet.

J’ai conclu ma rencontre avec le Premier ministre en relevant que l’Inde fait l’objet, en France, d’un intérêt croissant qui témoigne de la vitalité de nos liens.

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