Lettre de Valparaiso (Chili)

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Valparaiso le 31 octobre.

 

J’arrive à Valparaiso depuis Santiago ou je viens de rencontrer Michelle Bachelet entourée des chefs des quatre partis de la coalition gouvernementale ( parti socialiste, parti de la démocratie, parti radical et démocratie chrétienne ). La presse souligne la durée hors norme de cet entretien qui a duré deux heures. Deux heures passionnantes dont je voudrais vous donner les principaux éléments.

 

Entretien avec Michelle Bachelet.

 

Elle m’a tout de suite interrogée sur Cristina et je découvre à cette occasion que toutes les télévisions latino-américaines ont diffusé l’image de Cristina et moi nous tenant par la main le soir de sa victoire.

 

Visiblement Michelle a prévu de faire passer au cours de cette séance de travail un certain nombre de messages. En effet, les déclarations désordonnées de responsables politiques déstabilisent la coalition à un moment où elle doit faire face aux effets désastreux d’une réforme des transports publics dans Santiago lancée par son prédécesseur, le président Lagos, qui le reconnaîtra d’ailleurs publiquement.

 

La pénurie d’autobus avec des durées d’attente qui pouvaient aller jusqu’à 4 ou 5 heures pour les gens venus de banlieue a remplacé une situation d’anarchie qui conduisait à plusieurs morts par an du fait de l’insécurité routière.

 

Paradoxalement, alors que les caisses publiques sont pleines du fait de la hausse du cours du cuivre, chacun s’accordait à reconnaître que la faiblesse de l’appareil d’Etat devenait un frein très problématique pour réussir la dépense publique et mettre en place des services publics attendus par la population. L’influence de l’idéologie des « Chicago boys », qui ont voulu faire du Chili sous la dictature le laboratoire de l’ultralibéralisme le plus extrême, est encore très forte, d’où un certain nombre de tensions dans la coalition.

 

Michelle Bachelet doit faire face aussi aux protestations de l’Eglise suite à sa décision courageuse d’autoriser la pilule du lendemain sans l’autorisation des parents, à partir de l’âge de 14 ans afin de lutter contre les grossesses précoces. Les pharmacies renâclent. Je lui explique qu’il s’est passé la même chose en France lorsque, Ministre de l’Enseignement scolaire, j’avais pris la même décision pour les collégiennes et lycéennes.

 

Ces polémiques, dit-elle, font passer au second plan le fait qu’en deux ans elle a réalisé ses promesses électorales, notamment son projet social (santé, retraite, éducation, logement…). Enfin (et entre autres) elle dit son exaspération face aux mises en causes permanentes de son soi-disant « manque d’autorité ». Elle dit que les jeunes générations ont besoin d’un autre rapport au pouvoir et que les milieux ultra conservateurs qui lui ont reproché d’avoir donné satisfaction aux lycéens après les manifestations massives (« los piguinos », les pingouins, ainsi appelés à cause de leur uniforme bicolore), sont des nostalgiques du régime antérieur.

 

Le débat s’engage sur la recherche d’un juste équilibre entre le marché, les règles, l’Etat, les régions, le besoin de dépenses et celui de faire des réserves de précaution pour les retraites. Les responsables des partis autour de la table sont passionnés, je suis frappée par la convergence des problèmes politiques même si nos pays sont différents.

 

Les hommes d’affaires français et les chefs d’entreprises que j’ai rencontrés la veille ont exprimé le même besoin de règles, d’Etat et de services publics efficaces. Pour eux, pas de doute : l’Etat minimal est un handicap pour l’économie. C’est très instructif parce que cela montre à quel point le libéralisme sans règles est de moins en moins défendu.

 

La politique française n’est pas loin, les démocrates chrétiens, à la fin de la rencontre, me prennent à part pour me dire que François Bayrou leur a confié avoir regretté de ne pas m’avoir soutenue entre les deux tours ! Dire qu’il faut venir au Chili pour apprendre cela ! Ce doit être la mondialisation des confidences.

 

Valparaiso

 

Là aussi la politique française n’est pas loin. La première question qu’on me pose porte sur l’augmentation de salaire de Sarkozy. Ici aussi, ça a choqué.

 

Je rencontre des députés et des sénateurs au Congrès qui siège à Valparaiso (dans un bâtiment à l’architecture mussolinienne) depuis une décision de Pinochet. Plusieurs élus voudraient voir le Congrès revenir à Santiago mais c’est un débat dans cette ville extraordinaire qui ne s’est pas encore remise du déclin de ses activités portuaires qui a suivi l’ouverture du canal de Panama.

 

La maison de Pablo Neruda constitue l’un des pôles culturels de Valparaiso. Pour terminer cette lettre, je vous ai choisi cet extrait de son Chant général :

 

Je veux mon pays pour les miens,

 

je veux la même lumière pour tous sur les cheveux

 

de ma patrie ardente,

 

je veux l’amour du jour, l’amour de la charrue,

 

je veux effacer cette ligne haineuse

 

tracée pour maintenir le peuple loin du pain ;

 

quant à celui qui a dévié la ligne du Chili

 

pour le livrer comme un geôlier

 

pieds et mains liés à ceux qui paient pour le blesser

 

je ne vais ni le chanter ni l’entourer de silence,

 

je vais laisser son nom avec son matricule

 

cloués sur le mur de la honte.

 

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