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Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille.

Posté par goalexandre le 19 juillet 2009

 

rappel des faits

À Montreuil, la police vise les manifestants à la tête

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un « centro sociale » à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

 


Intérêts communsPolitique

Description :

Pour envoyer un signe fraternel à Joachim Gatti, cinéaste :

http://jesigne.fr/pourjoachimgatti

RAPPEL DES FAITS

SUR JOACHIM GATTI (À DIFFUSER LARGEMENT). Lettre ouverte de Stéphane Gatti (son père)
samedi 11 juillet 2009

Pour info complémentaire sur Joachim Gatti, il est aussi l’acteur qui a tenu le rôle de Joachim Rivière dans le film « La Commune de Paris » de Peter Watkins, il a fait des études de philosophie à Nanterre avec Etienne Balibar, un Grand Projet sur la sémiotique de la stratégie urbaine de la ville de Gênes (histoire et contemporain dont les grandes manifestations altermondialistes). Etc…

Il va de soi qu’il faut prendre en compte tous les « cyclopes » comme disait La Louve ici, des balles de plastique ou autres coups envoyés dans la figure des manifestants, activistes et/ou autres résistants ou non conformes, dont les gars les plus défavorisés des banlieues qui ont été aux premières loges, ou simples contestataires solidaires de l’insoumission et de la liberté du mode de vie, premières victimes de la défiguration générale entreprise par le nouveau Président depuis qu’il fut ministre de l’intérieur, corps vivants et réformes institutionnels compris.

Défigurer pour marquer à vie, c’est un crime autorisé depuis que la police est engagée par le pouvoir dans des voies miliciennes contre l’altérité sociale et nationale (ici je parle aussi de l’émigration). Et notamment contre ceux qui agissent pour sauver les libertés à l’acte. Sans doute est-ce la structuration d’un fascisme sur l’alterophobie générale des lois et des ordres exécutifs, jusqu’à leur application sans contestation par les forces de l’ordre, n’étant en réalité que celles du désordre des divisions les plus graves.

Mais il faut savoir que l’état dans lequel se trouve le visage du dernier des « cyclopes » de la population en voie de mutation sous les actes de défiguration de l’humain par le président actuel, est certainement le plus grave de ceux qui se sont produits jusqu’ici. L’escalade est claire et il faut voir et comprendre en quoi…

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article88906

rappel des faits

À Montreuil, la police vise les manifestants à la tête

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un « centro sociale » à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

Ceux qui s’étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l’expulsion d’organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.

Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l’arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L’appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là, on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand Gatti « L’homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’un militant chinois s’y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…

C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher… ils sont repartis. On m’a appelé. Joachim est à l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n’avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s’écoulait lentement comme s’il était devenu poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit qu’il y avait peu de chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée…

Entre ces deux moments; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.
A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.

Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l’AFP.

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait toutefois pas donné de précision sur l’état de gravité de la blessure. »Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball », a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP.

La police tire sur l’image d’un jeune de 20 ans qui essayent de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c’est le premier scandale.
Faut-il rétablir la vérité sur l’identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?

Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique
Il est cameraman
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu’il a réalisé s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’hui, il participe à la réalisation d’ un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit :
Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti

Pour envoyer un signe fraternel à Joachim Gatti, cinéaste :

http://jesigne.fr/pourjoachimgatti

A diffuser le plus largement possible.

Bonsoir Joachim

En cette veille du 14 Juillet nous étions tous et toutes là, à Montreuil
Pour vous témoigner de notre affection
Et pour dénoncer la spirale de la répression
Comment peut-on en arriver à une agression aussi violente
Les hommes libres feraient-ils peur ? Auraient-ils plus de poids que nous le croyions ?

Ce soir nous étions tous là
Et nous tenons par ces quelques mots à vous apporter un peu de réconfort
pour vous dire que nous pensons à vous

Une lettre de vous appelant à la poursuite du combat a été lue.
Vous nous avez ouvert une voie
Et nous ne comptons pas rester dans le silence

Nous tenons à dire qu’il est révoltant de vous savoir ce soir à l’hôpital
Amputé de votre outil de travail, votre œil. Il n’est pas supportable de savoir qu’en 2009
Une scène du « Potemkine » , que nous avons tous vue enfant ou adolescent
Peut avoir lieu aujourd’hui dans la France républicaine. Une balle pour pourfendre la révolte
Une femme attaquée à la baïonnette comme aujourd’hui vous et vos camarades au flash-ball
Une balle sur les escaliers et le landau avec le bébé qui dévale les marches

Mais justement, pour dire qu’on n’arrête pas la révolution.

Une pensée va aussi aux expulsés de Montreuil, à votre famille, vos amis et
vos proches qui comme vous, doivent souffrir de cet acte d’une violence inadmissible

L’œuvre magistrale de vos grands-parents et parents, que nous admirons profondément,
Qui compte tant de personnages, de paroles et de raccords clairvoyants,
Y compris ces yeux soudain ouverts d’Hélène dans « La Jetée » de Chris Marker,
Soudain prennent une signification encore plus cruciale

Du fond de son arbitraire opaque, la police ne s’y est pas trompée
En vous elle a tenté d’aveugler une lignée d’artistes-combattants à la puissance incomparable.

Mais comme toujours quand elle assassine ou mutile les artistes,
De facto elle rend hommage à leur puissance critique

Nous vous embrassons.

Tous et Toutes qui partout pensons à Vous

à Joachim Gatti

« Face à une dictature, comment agir politiquement quand on est un créateur ? »
Marie-José Mondzain

Marie-José Mondzain posait cette question au printemps 2009 dans un entretien accordé à la revue Cassandre [1]. Les sbires de la « démocratie Potemkine » [2] qui nous régit ont montré de quelle façon ils voulaient accueillir la réponse.

Ce mercredi 8 juillet 2009, Joachim Gatti a été touché au visage d’un tir de flashball qui lui a fait perdre son oeil droit. Que faisait-il donc qui puisse déclencher cette atrocité ? Joachim témoignait pacifiquement son soutien aux expulsés de « la Clinique ». « La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un « centro sociale » à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. » (Sur Joachim Gatti, lettre ouverte de Stéphane Gatti son père <http://juralibertaire.over-blog.com/article-33714273.html> )

Une manifestation de solidarité s’est déroulée hier pacifiquement à Montreuil jusqu’à ce que les forces de police ne décident de charger un cortège dont, « Dans un souci d’apaisement, les organisateurs (…) ont cherché à modifier le parcours pour éviter que le face à face ne se prolonge, repartant vers la Croix de Chavaux », ainsi que le souligne le communiqué de ce jour de l’AFP, repris par les éditions en ligne de journaux tels que Le Monde et Le Figaro. Les gardes mobiles se sont alors acharnés avec une violence qui a choqué la population de Montreuil sur des manifestants qui s’étaient contentés de porter des banderoles en évitant toute action agressive.

Le 22 mars 2009, Stéphane Gatti accueillait la deuxième journée nationale de l’Appel des appels dans les locaux de La Parole errante à la Maison de l’Arbre, à Montreuil. Nous nous y rencontrions « décidés à combattre une idéologie de la norme et de la performance qui exige notre soumission et augure d’une civilisation inique et destructrice de l’humain » [3].

Aussi, les participant-e-s au comité de Paris de l’Appel des appels tiennent à témoigner à Joachim et Stéphane Gatti, leur émotion, leur sympathie tout autant que leur détermination à lutter contre cette barbarie qui vient et qui a déjà meurtri bien trop d’entre nous.

Il nous appartient, toutes et tous, d’élaborer les cadres dans lequels pourront prendre forme les résistances et ripostes qui mettront en échec ceux qui déclament sur les écrans du Spectacle : « Nous devons protéger nos concitoyens les plus fragiles, ceux qui souffrent le plus », « L’exclusion, c’est ce que la crise peut engendrer de plus grave » [4] et qui, dans le même temps, assument le bon fonctionnement d’un Etat qui peut mettre en garde à vue simultanément 74 syndicalistes d’une même entreprise (EDF-GDF) et qui réserve aux plus démunis et aux plus précaires l’assurance d’une constante brutalité répressive.

L’Appel des appels nous donne un de ces cadres où nous pouvons nous retrouver, un lieu où nous pouvons construire la confiance face à la déshumanisation.

Ce mardi 14 juillet 2009
Comité de Paris de l’Appel des appels <http://www.appeldesappels.org/spip.php?rubrique36>

[1] Cassandre Horschamp <http://www.horschamp.org/breve.php3?id_breve=168> , no 77, p. 49
[2] Villages Potemkine, luxueuses façades érigées à la demande du ministre russe Potemkine destinées à masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II en Crimée en 1787.
[3] Charte de l’Appel des appels <http://www.appeldesappels.org/spip.php?article62>
[4] Discours présidentiel devant le Parlement réuni en Congrès <http://www.elysee.fr/>

MAIS QUE FAIT LA POLICE?

Et oui, ma bonne dame, mon bon monsieur, que fait la police ?

Nous sommes bien à Montreuil, vous et moi : Montreuil, Seine-Saint-Denis. Qu’on y habite ou qu’on y passe, on a des yeux pour voir que ça ressemble peu à l’image qu’en donnent les journaux et les politiques. Aucune ville ne saurait ressembler à ces images abruties(-santes), alors j’ai décidé de commencer à décrire ce que c’est, aberrations optiques comprises.

Montreuil, c’est grand, ça fourmille de monde, c’est très complexe et c’est étonnamment tranquille. Sinon, ça ressemble beaucoup aux autres villes où j’ai vécu : l’Etat est partout et son administration nous octroie (ou pas) le droit d’être là, au prix de tous ces comptes à rendre sans cesse en montagnes de paperasse et de justifications d’existence. Il fait régner sa loi, sous l’infinie variété de ses uniformes, pour assurer le maintien d’un ordre réglé par le profit.

Comme partout ailleurs, c’est ça que fait la police.

L’argent est partout, mais pas pour tout le monde, évidemment. Le travail ne manque pour personne – il faut réussir à survivre dans la métropole -, c’est le salaire qui est rare, puisqu’on n’arrive pas à échapper vraiment à toute cette marchandise qui s’étale. Même les besoins les plus primaires, se nourrir, se loger, se déplacer, sont soumis à la propriété que tout l’arsenal répressif sert à protéger.

Comme partout ailleurs, c’est ça que fait la police.

Malgré cela, ici, je connais des gens un peu partout. Ils sont très différents les uns des autres, mais ils me ressemblent plus que ceux des panneaux publicitaires (que l’on trouve en nombre grandissant dans la commune voisine de P., et qui sont blancs, jeunes, minces et dynamiques…). En général, à leur façon, ils font comme moi : ce qu’ils peuvent. Et ils s’entraident. Ils s’organisent pour ne pas (trop) subir face aux patrons, aux Assedic, aux HLM, aux contrôleurs de tous poils. Souvent, ils travaillent à construire quelque chose qui leur plait : une maison, une crèche, un livre… Parfois, on partage une aversion certaine pour tout ce qui précède, on essaye de comprendre comment s’en débarrasser et quand on trouve une petite idée, on s’empresse de la mettre en oeuvre. ça non plus, ce n’est pas vraiment une pratique spécifiquement montreuilloise. Ces derniers temps, ça a donné en vrac : des occupations de maisons, de CAF, de tours de la mairie, des manifs, des actes de résistance aux rafles de sans-papiers, de solidarité avec des grévistes, des assemblées, des bouffes, des chansons… et j’en passe…

Mercredi soir, à Montreuil, c’est sur tout cela que la police a dégainé. Ce qui s’est passé ce soir-là arrive dans beaucoup d’autres villes et dans des situations très diverses (manifestation, intimidation des habitants de certains quartiers…). Une fois de plus, parler de bavure serait tout simplement mensonger.

Car elle fait quoi la police, hein? Qu’est-ce qu’elle fait la police à Montreuil?

Elle joue au ball-trapp dans les rues de la ville, mon bon monsieur, ça tire sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui ne rentre pas dans le rang. Avis aux amateurs de démocratie participative : pour garantir la pérennité de ce beau système, la police républicaine vise à la tête!

Et oui, la police républicaine…

Celle qui fait des auto-temponeuses avec les mobylettes des adolescents – moratoire sur les voitures de police! -, celle qui charge dans les avions des paquets humains en les étouffant avec des coussins – moratoire sur les coussins! -, celle qui tamponne un procès-verbal de mise en garde à vue à 22h et un certificat de décès à 6h du matin – moratoire sur les gardes-à-vue! – etc… La spécificité du recours systématique aux tirs de flash-ball, qui ont l’avantage pour les policiers qui les utilisent de mutiler sans tuer – ce qui les exposerait à quelques tracasseries administratives et à une légère prise de retard sur leurs points retraite -, doit certes être prise en compte mais il faudrait être particulièrement obtus ou parfaitement de mauvaise foi pour soutenir que la question de la violence de la police se résume à cela.

Car au fond, ma bonne dame, mon bon monsieur, tout le monde sait ce qu’elle fait la police.
Tout le monde le voit, ça crève les yeux.

/Un chat sauvage de la Boissière/

Pour plus d’infos :
http://laclinique.over-blog.net/
http://www.cip-idf.org/
http://la-parole-errante.org/index.php?cat=LPE-PRESENTATION
ainsi que le site de Resistons Ensemble…

Communiqué pour Joachim

L’Appel des appels a décidé, notamment lors d’une rencontre nationale réunie le Samedi 22 Mars 2009 à la Maison de l’Arbre à Montreuil, de constituer un lieu pérenne de pensée transversale.
Lieu visant à décrypter les mécanismes qui conduisent, qui nous conduisent à, souvent, accepter l’inacceptable, voir, parfois à s’en faire les agents, dans tous les métiers du lien social, du bien commun.
Mercredi 8 Juillet 2009, à Montreuil, alors que la Maison de l’Arbre démontait la seule exposition nationale d’ampleur sur Mai 1968, Joachim Gatti, fils de Stéphane Gatti qui nous avait reçus avec D. Voynet, Maire de Montreuil, a été avec quatre autres personnes, très gravement blessé-il a perdu un œil-suite à des violences policières.
Car aux populations de banlieue qui manifestent démocratiquement l’État oppose de plus en plus fréquemment, le tir tendu du flash Ball, la figure normée des jeunes comme nouvelle classe dangereuse, comme pour nous habituer à passer des bornes. Joachim, cameraman de 34 ans, en est l’une des victimes.
L’Appel des appels assure à Joachim, Stéphane et aux quatre autres personnes « visées » par une police de trop grande proximité non seulement son émotion, sa solidarité fraternelle, mais sa volonté de penser et d’agir contre les sinistres politiques d’aveuglement où la passion mortifère de l’ordre force une société toute entière au désordre de la déshumanisation.

L’Appel des appels
Paris le 13 Juillet 2009

Coordonnées

Bureau :

http://jesigne.fr/pourjoachimgatti

Adresse :

Montreuil, France

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Petit compte rendu du déplacement au Sénégal de Ségolène Royal, par Najat VALLAUD BELKACEM

Posté par jeanluke le 27 avril 2009

> Chers amis,
>  
> Puisqu’une certaine presse nous abreuve de sondages à coucher dehors, il me semblait utile de vous faire un compte rendu personnel du déplacement de Ségolène Royal au Sénégal auquel j’ai eu la chance de prendre part, et que ni les invectives de la droite française, ni les vaines polémiques, ni même encore les marques de mépris de quelques uns n’auront suffi à éclipser. Un déplacement historique qui nous aura un peu lavé de la honte et du malaise qui nous étreignaient depuis le discours tant décrié de Dakar du Président de la République. Un déplacement d’une densité politique et humaine extraordinaire, dont je souhaite vous faire partager quelques moments.

> La politique par la preuve
> Peut-être vous en souvenez-vous, à peine désignée par le parti socialiste en 2006, Ségolène Royal s’était rendue au Sénégal. Dans le village de Thiaroye, elle avait croisé la douleur infinie de mères atteintes dans leur chair par le drame de la disparition en haute mer de jeunes gens, dans la force de l’âge, partis chercher dans l’émigration clandestine un avenir meilleur. C’est ensemble qu’elles avaient décidé de surmonter l’insurmontable, de dépasser collectivement le désespoir en travaillant à offrir à leurs enfants des perspectives nouvelles. Pêche, artisanat, alphabétisation des femmes… Ségolène s’était alors engagée à soutenir ces initiatives. Parole tenue, la coopération décentralisée ne s’est pas démentie depuis lors et le camion frigorifique affrété par la Région Poitou Charente (qui leur rendra des services inestimables) en est un emblème.
> Intense moment d’humanité que cette rencontre avec ces mères courage qui avaient décidé pour l’occasion de s’offrir chacune une tenue couleur de l’océan, en mémoire de leurs fils disparus, en bienvenue aussi à celle qui a su mettre en lumière leur combat depuis deux ans. C’est ce magnifique boubou bleu endossé par Ségolène Royal qui, à quelques centaines de kilomètres de là, inspirera à Alain Destrem, élu UMP, ce commentaire indigne sur lequel je me suis déjà exprimée…
>  
> Hommes et femmes de bonne volonté
> A Thiaroye toujours, nous avons fait la connaissance des enfants des rues dont la plupart viennent de passer plusieurs mois, parfois des années, dans la rue, fugueurs, chassés de chez eux ou abandonnés (certains ont 6-7 ans…). L’association « Village pilote », présente sur place, se mobilise avec énergie pour leur venir en aide, en entreprenant un difficile travail de restauration de la confiance et de médiation avec ces enfants, puis avec leurs parents afin de les convaincre de les reprendre. Le Président du Conseil régional de Fatick, un homme d’une culture et d’une douceur inouïes, qui fut notre guide de luxe, nous a expliqué qu’il est de tradition au Sénégal que les familles envoient dès leur plus jeune âge les enfants passer 1 ou 2 ans dans des écoles où, aux cotés de camarades de toutes classes sociales, ils apprennent l’humilité en même temps que les prières et les travaux des champs. Cette pratique, qui fait des merveilles dans les villages où tout le monde se connaît, se transforme parfois en cauchemar dans les villes où certains marabouts (maitres d’écoles) mal intentionnés exploitent ces enfants, les envoient mendier et les battent lorsqu’ils reviennent les mains vides…C’est ainsi que se forgent ces « petits fugueurs de la misère » qui lorsqu’ils échappent à la vigilance d’associations dévouées comme celles-ci tombent dans la délinquance et souvent la drogue…
>  
> Ousmane Sow le magnifique …
> Auprès des artistes, des jeunes chefs d’entreprise venus nombreux assister au dîner ce soir là, la délégation s’est nourrie de beauté, d’imagination, de créativité, d’ingéniosité. Chapeau bas en particulier à l’immense Ousmane Sow dont les œuvres magistrales avaient, il ya quelques années orné le pont des Arts à Paris, poursuivant en souvenir chacun de ceux qui comme moi ont eu la chance de les admirer. Chapeau bas aussi au rappeur Didier Awadi, pour ceux qui ne connaitraient pas sa musique, je vous invite vivement à decouvrir ses textes engagés.
>  
> Wade ou pas Wade ?
> Ségolène Royal devait rencontrer le Président Abdoulaye Wade. Ce dernier lui-même, dans un courrier, disait son plaisir à la recevoir malgré une actualité chargée (les élections locales au Sénégal viennent juste de bouleverser l’équilibre politique, et en faisant place à une majorité de gauche dans les territoires, incitent le Président à un remaniement ministériel en cours…). Le rendez-vous aura bien lieu mais pas avec le Président, le ministre des Affaires étrangères puis le ministre de la coopération ayant assuré sa représentation avec beaucoup de gentillesse et d’efficacité.
> En France, et plus encore au Sénégal, la presse s’emballe alors à propos de supposées pressions de l’Elysée destinées à ce que le rendez vous présidentiel n’aie pas lieu. Nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire… En tout état de cause j’ai trouvé le ministre des Affaires étrangères passionnant et je retiens de lui cette phrase à propos de Ségolène : « je regrette que nous n’appliquions pas le droit du sol, sans quoi vous seriez sénégalaise et voila tout ! »
>  
> Salle Léopold Sedar Senghor : l’ « autre discours de Dakar »
> Lundi 6 avril- 16h- C’est formidable l’effet que le nom de Senghor produit sur le millier de spectateurs présents, studieux et effervescents à la fois. Des applaudissements nourris viennent cueillir chaque allusion au grand homme…
> Après Ousmane Tanor Dieng, le chef du parti socialiste sénégalais, c’est au tour de Ségolène Royal de monter sur l’estrade. C’est en sœur du peuple sénégalais qu’elle s’adresse à la salle ; en Présidente de la région Poitou Charente soucieuse d’actions concrètes qu’elle décrit la coopération décentralisée qui lie sa région à celle de Fatick ; en responsable politique et en femme d’Etat qu’elle réclame davantage de justice dans les instances politiques et économiques internationales , à commencer par le G20 dont le continent africain en tant que tel est cruellement absent ; c’est enfin en simple citoyenne et élue de la République française qu’elle demande deux fois pardon :
> « Pardon » pour le mépris, l’arrogance, le contre sens historique d’un certain discours prononcé à Dakar en 2007 .
> « Pardon » aussi, cela a été moins commenté, pour cette histoire commune faite de drames entre l’Europe et l’Afrique, pour les siècles d’esclavage et de colonisation.
> « Merci » aussi, merci pour les tirailleurs sénégalais sans lesquels, le 8 mai 1945, jamais la France n’aurait retrouvé sa liberté.
> Enfin, pour l’avenir, un « s’il vous plait » rare et précieux, « s’il vous plait, a-t-elle dit aux Africains, construisons ensemble ».
>  
> Lorsque je lui ai demandé, quelques heures plus tard le sens de cette dernière phrase, son visage s’est assombri : « les Africains, m’a-t-elle répondu, n’en peuvent plus de notre arrogance, de notre ingratitude, de nos barrières. Déjà c’est vers le Canada et non plus la France que les étudiants se tournent. Demain, il en ira de même pour les échanges commerciaux comme pour les échanges humains. Vois comme la Chine ou les Emirats investissent ici. Bientôt les échanges se cantonneront à du « Sud-Sud » et nous serons invités en Europe à aller nous faire voir. Pourtant nous avons collectivement besoin les uns des autres, comment peut-on ne pas en prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard ?!! »
> Dans les yeux des Sénégalais présents ce jour là, quelques larmes, je ne peux m’empêcher de leur demander ce qui les émeut tant. « Nous avions besoin de cet autre discours de Dakar, me répondent-ils, c’était l’honneur de la France qui était en jeu ». « Remerciez là, ajoutent-ils, remerciez là d’avoir réhabilité l’Homme africain, et du même coup la France ; Surtout remerciez là d’avoir enfin tracé des perspectives d’avenir d’une même dignité pour nos deux continents ! ».
> Quand je pense que le lendemain, certains, en France prétendront que l’infâme propos de Nicolas Sarkozy sur « l’Homme africain » était déjà de l’histoire ancienne qu’il ne servait à rien de remuer. Que d’autres encore s’obstineront, aveuglés par leur suffisance, à ne pas voir où est le problème.Non les Africains, eux, n’ont pas oublié. Ni l’arrogance, ni le mensonge historique, ni l’humiliation de ce discours gravé dans toutes les mémoires …
>  
> A propos des Perspectives d’avenir justement…
> … quelques réalités méritent d’être rappelées, au delà des beaux discours du Président de la république ou de son ministre de la coopération, l’Afrique sera bien la première victime des coupes opérées dans le budget 2009 de la Coopération. L’Afrique sub-saharienne est massivement affectée. A ceux qui croient vraiment que l’Aide publique au développement (APD) augmente, sachez que cette dernière se compose aujourd’hui essentiellement d’un recours massif au prêt, et à l’annulation de dette. On est loin des objectifs du Millénaire, lorsque l’Union européenne et chaque pays s’engageaient à diminuer la pauvreté dans le monde de moitié en consacrant 0,7% du PIB. La vérité, c’est que l’APD européenne baisse significativement, à peine 0.4% du PIB en moyenne…
>  
> Or, faut-il le rappeler ? le nombre de pauvres a augmenté sur le continent de 90 millions de personnes depuis 1990 et leur revenu moyen a baissé. L’aggravation de la pauvreté s’est traduite par un accroissement de la faim et la crise du Niger ces derniers mois a rappelé s’il en était besoin la fragilité de la situation alimentaire dans certains pays africains.
> L’impact de la crise économique mondiale est particulièrement fort dans ces pays avec ce sentiment insupportable que les responsables de la crise se trouvent dans les pays du Nord, mais que ceux qui vont en souffrir le plus sévèrement sont dans les pays du Sud. Les pays africains, même s’ils échappent aux effets financiers de la crise qui toucheront beaucoup plus les pays émergents, seront fortement heurtés par l’aspect réel de la crise.
> Pour prendre le seul Sénégal, selon les dernières estimations d’organisations internationales et régionales, le taux de croissance initialement estimé à 5% y sera de l’ordre de 2.5-3% soit un impact négatif de la crise sur la croissance et donc sur la réduction de la pauvreté. Parallèlement, les transferts financiers des immigrés sénégalais seront de moins de 400 milliards de francs CFA cette année alors qu’ils étaient de 555 milliards de FCFA l’an passé, soit une baisse de 40% qui viendra durement frapper les familles qui vivent grâce à ces aides.
> 6 années seulement nous séparent de l’année 2015. Malgré les ressources tirées de l’aide publique au développement et des programmes de réduction de la dette, en particulier l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), les PMA, les pays enclavés et même certains pays à revenu intermédiaire ne parviennent toujours pas à réaliser suffisamment de croissance économique pour lutter efficacement contre la pauvreté.
> Il est primordial de maintenir et de soutenir l’idée d’une ouverture de la globalisation aux pays moins avancées dont Africains et de faire du développement une dimension centrale pour reconstruire un ordre économique viable. Nous en sommes très loin…
>  
> D’un boubou l’autre…
> Les deux jours suivants, un peu au pas de course, nous nous rendons dans plus d’une dizaine de villages de la région de Fatick. Chaque fois c’est entre 100 et 200 villageois qui nous réservent un accueil d’une chaleur incomparable. En fonction du projet soutenu par la région Poitou Charente, la fête se fait alors autour d’un four ou chauffe eau solaire, d’un équipement photovoltaïque, d’une chèvrerie, d’une nouvelle école primaire, d’un atelier de poterie… La coopération décentralisée entre Poitou Charente et Fatick a été jugée si exemplaire par le PNUD (Programme des nations unies pour le développement) qu’elle a été choisie comme modèle mondial de référence !! L’un de ses piliers est le dispositif des bourses tremplin pour l’emploi qui permettent à Poitou Charente de soutenir des initiatives diverses et variées dés lors qu’elles créent une activité et un moyen de subsistance : apiculture, maraîchage, transformation de la noix de cajou, vente de produits agricoles etc…. Partout des villageois qui n’imaginaient pas il y a deux ans pouvoir vivre de leur activité et qui en font désormais vivre plusieurs familles… A chaque étape, les habitants se sont cotisés pour nous offrir le plus beau boubou du monde !
>  
> La porte du Non retour
> Dernier jour avant le départ, triste comme à l’habitude, nous visitons l’Ile de Gorée, cette « porte du non retour » comme l’appelaient les esclaves qu’on y entassait durant des mois en attendant le navire qui les emmènerait loin vers l’Amérique, loin vers l’Europe. Difficile de vous décrire ce qu’on ressent sur cette île, l’oppression, le désespoir, la folie humaine, la honte aussi et la culpabilité. Le guide nous raconte que le Président Mandela en visite dans la « Maison aux esclaves » avait insisté, il y a quelques années, pour se faire enfermer un instant dans la cellule aveugle des récalcitrants (3m2). Il en est ressorti en larmes.
>  
> Najat VALLAUD BELKACEM 

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Alain Bashung, une belle leçon de liberté et d’humanité

Posté par jeanluke le 16 mars 2009

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« Elle a jonché d’or et de jade ma routine
Elle a jonché de sopalin des torrents de larmes
Mais l’ampleur m’a fait me fissurer
Ode à la vie
Ode à la parodie
Ode à la poésie
Ode à la vie
Ode à la vie… » 

Alain Bashung, Ode à la vie 

La musique, disait-il, m’a donné la parole. Et aussi : « Depuis le début, j’ai eu envie de donner la parole à ceux qui n’ont pas une grande gueule. J’en fais partie. » Alain Bashung aimait les réservés, ceux qui en tiennent pour la nuance. Son élégance nonchalante était bien plus qu’une esthétique : une éthique dont, jusqu’au bout, il ne s’est pas départi.Une génération après l’autre a fredonné ses titres impeccablement ciselés, dont la poésie faisait corps avec la musique car le son, dans son oeuvre, raconte autant que les mots. On l’a dit le plus sophistiqué des rockers français. Il concevait le rock comme une incitation à s’affranchir des structures qui emprisonnent,. Comme une invitation à explorer d’autres formes musicales, métissées de blues, de jazz ou de country urbaine. Comme une façon d’emmener son public vers d’autres rivages, au-delà des « lacs gelés » qu’un jour, il avait juré d’enjamber (A perte de vue).Son amie Brigitte Fontaine l’appelait « le rigolo ténébreux ». Pour moi, il restera cet équilibriste du style, audacieux et subtil, trop libre pour entrer dans une case. Il nous avait d’ailleurs prévenus dans Retours

: « Surtout ne me colle pas d’étiquette, ça n’adhère pas, j’ai essayé ».Il disait concevoir ses albums à la manière d’un metteur en scène et ses chansons comme autant de petites maisons s’inscrivant dans un paysage d’ensemble, avec un rythme pour chaque phrase et un grain pour chaque texte. Ainsi, ajoutait-il, « on ne se retrouve pas avec une chanson qui n’a rien à voir avec l’humanité de l’autre. »

Bashung se moquait que certains qualifient de professionnellement suicidaires des virages musicaux qui étaient sa manière exigeante d’être fidèle à lui-même et la marque d’une méfiance toujours en alerte contre « les idées resucées comme un chewing-gum usagé ». Il avait donné à un précédent album le beau titre d’Imprudence, « le mot, disait-il, de toute une vie », grâce auquel les portes s’ouvrent.Parce qu’il respectait son public, Alain Bashung estimait ne pas devoir dicter, asséner, imposer une façon de voir et de ressentir. Il ne voulait pas « souligner en rouge une interprétation et une seule » mais plutôt suggérer, laisser imaginer, « raconter de biais » et, toujours, préserver plusieurs niveaux de lecture. Il excellait à exprimer ces fêlures intimes que chacun porte en soi, les fragilités enfouies et les rêves obstinés dont chaque vie est tissée.

Avec Bleu Pétrole, il avait fait le choix de nous livrer un regard sur le monde qu’il voulait « humblement politique » quoique toujours ennemi du premier degré. Dans ce superbe album, son dernier, il confiait ses sentiments sur l’époque et les questions qu’elle pose aux « résidents de la République ». Il revendiquait, pour son titre, plusieurs sens possibles, l’ambivalence de ce pétrole à la fois « sang dans les veines de la société », moteur d’innovations technologiques et fauteur de pollutions, de conflits, de morts. Pétrole évocateur d’une geste héroïque de l’industrialisation et vecteur de  nos crises actuelles. Il avait rappelé la mémoire de ces chanteurs qui se tenaient aux côtés des ouvriers en lutte et des syndicats américains naissants, comme Woody Guthrie guitare au poing face aux milices briseuses de grèves. « Je retiens, disait-il, la grandeur de ces combats. »Mais aujourd’hui, ajoutait-il, on ne sait plus très bien avec quelles armes et contre qui lutter, car « l’ennemi semble invisible, caché derrière des armées d’actionnaires ». Il n’en tirait aucune réponse désabusée mais, au contraire, cette belle définition du rôle des artistes dans leur société : montrer que les rêves peuvent percer le brouillard en donnant le goût d’autres possibles.

Il y a tout juste un an, évoquant le propos général de ce dernier album, il nous posait cette question : «  Etes-vous équipé, quasiment comme le serait un explorateur à la veille d’une aventure, pour survivre dans l’avenir ? Disposez-vous du matériel, des sentiments, de la force intérieure, des convictions nécessaires ? » Il ajoutait ceci, bien à sa manière : « Moi, j’ai des doutes et j’ai envie de dire : réfléchissons-y ensemble. » Il n’est plus là pour y penser avec nous et poser ses mots justes sur les choses de la vie et les énigmes du temps qui vient. Mais ses chansons magnifiques continueront de nous parler.

Jadis, Alain Bashung pensait mourir jeune, aux alentours de 25 ans, et ne pouvoir arracher à ce bref trajet qu’un petit lot d’expériences intenses et fortes. Il nous a, pour notre bonheur, accompagnés plus longtemps sans que jamais s’érode, d’un album à l’autre, ce pouvoir de surprendre, d’émouvoir, d’enchanter, d’une liberté encourageant la nôtre. J’ai eu la chance de l’accueillir l’été dernier, aux Francofolies de La Rochelle. Nous le savions gravement malade. Il fut, sur scène, d’une générosité intacte. Car il était ainsi, Bashung : donnant sans peser, homme de tenue et de retenue, de courage sans pathos, de lucidité sans cynisme.

Musicien, auteur, interprète, comédien, il nous laisse ce qui constitue, pour moi, le fil conducteur de son immense talent aux multiples facettes : une exceptionnelle leçon d’humanité.

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Ségolène Royal

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Ségolène Royal en Guadeloupe « en amie des Antilles » pour exiger des « solutions »

Posté par jeanluke le 23 février 2009

photo123525276517120.jpgSégolène Royal est arrivée samedi en Guadeloupe, en grève générale depuis un mois, pour assister aux obsèques du syndicaliste tué en début de semaine et demander que l’Etat trouve des « solutions » à cette crise.

« Je suis venu en amie des peuples antillais et guyanais d’abord pour rendre hommage à un syndicaliste tué », a déclaré à sa descente d’avion l’ex-candidate socialiste à la présidentielle. Une cérémonie religieuse en hommage à Jacques Bino doit avoir lieu dimanche après-midi.

« Je suis là aussi pour marquer la présence de toutes celles et ceux qui veulent que la justice soit là pour que la paix revienne. Les solutions existent », a ajouté Mme Royal qui a passé quelques années dans l’île voisine de la Martinique dans son enfance.

Mme Royal, invitée par le maire de Pointe-à-Pitre Jacques Bangou, est venue à titre personnel et non pour représenter le PS, a-t-elle précisé devant une presse nombreuse. Une délégation du PS était en Guadeloupe la semaine dernière dans une quasi indifférence.

photo123530397552010.jpgElle a réfuté toute récupération politique. « Ayez un peu de respect, a-t-elle dit à l’adresse des journalistes. Il y a eu ici un sentiment de solitude, un sentiment d’isolement, le sentiment que l’Etat a abandonné ces territoires ».

« Le contrôle des prix, c’est possible, le respect mutuel c’est quelque chose qui est absolument indispensable, donc il faut que l’Etat reprenne toute sa place pour apporter des solutions », a-t-elle jugé.

Selon la présidente de Poitou-Charentes, « c’est une chance formidable pour la France d’avoir une présence dans les Caraïbes et dans l’Amérique latine ».

Mme Royal doit rester jusqu’à mardi soir.

Deux autres anciens candidats à la présidentielle, l’altermondialiste José Bové et Olivier Besancenot (NPA) sont également sur place.

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A LIRE QUEL REGAL

Posté par goalexandre le 30 décembre 2007

 

SOURCE  LE MONDE.FR

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-994507,0.html 

Chronique

En 2008, accélérez, monsieur le président

LE MONDE | 29.12.07 | 13h26  •  Mis à jour le 29.12.07 | 13h26

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Il y a douze ans, un baron du gaullisme, Alain Peyrefitte, démontrait que la prospérité d’une société reposait sur la confiance qui y régnait. Hélas, comme l’ont récemment mis en exergue deux économistes, la France est « une société de défiance ». Il vous faut donc ramener la confiance. Comment ? En poursuivant ce que vous avez si bien entamé en 2007. Tout simplement. Par exemple, en augmentant votre rémunération. Oui, je sais, elle vient de passer de 8 457 euros à 20 858 euros par mois, ce qui est déjà courageux. Mais il faut aller plus loin. Comment mieux symboliser le retour en force de l’Etat ?

A l’heure où le PDG de la banque Goldman Sachs touche une prime de 68 millions de dollars en 2007, n’est-il pas humiliant que le président de la septième économie mondiale en soit réduit à emprunter l’avion d’un industriel pour partir en vacances ? Imagine-t-on sérieusement qu’invité une nouvelle fois chez vos amis canadiens, la richissime famille Desmarais, actionnaire entre autres de Suez, Total et Lafarge, vous vous présentiez à leur porte en voiture de location ? Vous le savez bien, quand George Bush se rend dans leur propriété de 75 km2, il utilise un jet ou un hélicoptère privé.

Augmenter votre salaire aurait un autre avantage. Tous les consultants l’affirment : pour qu’une équipe soit solidaire, il ne faut pas qu’il y ait trop d’écart de revenus entre ceux qui la composent. Un coup de pouce à vos « collaborateurs » s’impose. Le message serait clair : là aussi, vous faites ce que vous dites et augmentez le pouvoir d’achat.

Certes, Bruxelles pourrait tiquer, mais au point où en sont les déficits… Les parlementaires aussi pourraient râler. Mais grâce à la commission Balladur-Lang sur les institutions, vous disposez d’un argument massue : s’ils veulent gagner plus, qu’ils travaillent plus ! Qu’ils cumulent les mandats ! La politique, vous le savez bien, est une affaire de professionnels. Jean-François Copé, député, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, maire de Meaux et président de la communauté d’agglomération, l’a bien compris, lui qui travaille désormais « à temps partiel » dans un grand cabinet d’avocats d’affaires. Voilà l’exemple à suivre.

 

UNE POLITIQUE QUI GAGNE

 

Le président de la commission de la défense pourrait émarger chez Lagardère et son collègue des affaires culturelles chez Euro Disney. Le président de la commission des affaires économiques pourrait, lui, travailler à la SNCF. Cela lui permettrait d’expliquer aux cheminots que vous n’êtes pas hostile, par principe, aux régimes spéciaux. La preuve, les parlementaires gardent le leur. Pour
1 euro cotisé, chacun continue de percevoir, dit-on, 6 euros à la retraite.

Toujours dans le social : certains affirment que vous hésitez à instaurer une TVA sociale ou à augmenter la franchise médicale. Mais les pauvres étant les plus nombreux, les moins mobiles et les moins enclins à voter, il n’y a pas à tergiverser. Les experts de Bercy sont unanimes : il est plus facile de ponctionner 100 euros à 10 millions de personnes en augmentant un impôt inodore comme la TVA que prendre 100 000 euros à 10 000 personnes en relevant l’impôt sur le revenu.

A la limite, on peut débattre de la TVA, car il n’est pas exclu que certains s’en rendent compte et consomment un peu moins. En revanche, on n’a jamais vu une franchise provoquer une diminution des malades. Cela risque d’augmenter un peu plus les inégalités mais, rassurez-vous, les chiffres sont publiés avec plusieurs années de retard. Il sera alors loisible d’accuser la mondialisation.

Reste l’immigration. Chacun garde à l’esprit l’objectif fixé à Brice Hortefeux en 2007 : 25 000 expulsions d’étrangers en situation irrégulière. Là non plus, ne changez pas une politique qui gagne. Faites davantage en 2008. Cela ne pourra que clarifier la position de la France avant le sommet de l’Union euro-méditerranéenne du 13 juillet. Il ne faudrait quand même pas que les pays du Maghreb se bercent d’illusions sur vos intentions. Quant à la gauche, elle est tellement coincée sur le sujet qu’elle n’osera pas vous faire remarquer que la plupart des pays où la croissance est forte – les Etats-Unis, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande – sont des terres d’immigration massive. Si, malgré vos efforts pour restaurer la confiance, la croissance marque le pas en 2008, comme l’Insee persiste à le penser malgré le récent changement de directeur général, la faute en incombera, bien sûr, à l’euro.

Que le Financial Times (que malheureusement Bernard Arnault n’a pas encore racheté) ait eu l’idée – insultante à votre endroit – de désigner Jean-Claude Trichet « Personnalité de l’année 2007″ pour sa gestion de la crise des subprimes et l’autorité qui est la sienne sur les marchés financiers ne doit évidemment pas vous inciter à ne plus taper sur la BCE. Au contraire ! Là aussi, continuez.

Frédéric Lemaître

 

 

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liberté de la presse quinquennat sarkozy

Posté par goalexandre le 16 décembre 2007

Observatoire de la censure façon Nicolas Sarkozy

liberté de la presse quinquennat sarkozy | 9 novembre 2007 | Jean-Marc Manach sur Rewrinting.net ( 9 commentaires )

Voir en ligne : Rewriting.net


Les nouveaux censeursLa liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, mais elle s’use plus vite encore si l’on censure“, écrit le Canard, en introduction de son dossier consacré aux “nouveaux censeurs“.

Étonnamment, il n’existait pourtant pas, à ce jour, de site ni de page web recensant tous ces actes d’(auto-)censures dont l’ascension de Nicolas Sarkozy a été émaillée, ces deux dernières années.

Avec l’un de mes compères d’Aporismes (le “traducteur officiel de la novlangue de droite décomplexée“), nous nous y sommes donc attelés, pour le Canard Enchaîné. De quoi entamer ce qui pourrait à t’erme constituer une forme d’observatoire de la censure attribuée à Nicolas Sarkozy.

Forcément, c’est un peu long, et il eut été intéressant de le présenter en mode wiki, afin de pouvoir suivre cette longue litanie dont la chronologie qui suit ne prétend pas (ou pas encore) à l’exhaustivité : & si d’aucuns se sentent de reprendre le flambeau, de combler les trous, d’assurer un suivi, qu’ils me contactent, ou contribuent dans les commentaires.

En attendant, ce lundi 5 novembre est aussi la journée d’action européenne pour la défense du journalisme. L’intersyndicale française a quant à elle lancé une série de Propositions pour la liberté de la presse, également disponible sous forme de pétition. Faites tourner !

Chronique de censures assumées

S’il lui est arrivé de s’impliquer lui-même pour faire à des journalistes ou des éditeurs « une proposition qu’ils ne pouvaient pas refuser », façon Don Vito Corleone dans Le Parrain de Coppola, ce n’est même plus la peine aujourd’hui… Les patrons de presse qui sont généralement des patrons d’industrie proches de Nicolas Sarkozy se chargent très bien eux-mêmes de contrôler les éventuels “dérapages” des rédactions de leurs media. Il leur arrive même d’aller au devant des désirs du président, comme lorsque Paris Match a offert l’été dernier aux Français une bonne tranche de rigolade en gommant sur une photo ses bourrelets présidentiels.

En août 2005, lorsque Paris Match fait sa “une” sur l’escapade amoureuse de Cécilia avec le publicitaire Richard Attias, Nicolas Sarkozy reçoit un coup de fil de son “frère” Arnaud Lagardère, actionnaire de référence de l’hebdomadaire. Le Canard avait alors rapporté les propos de Sarko : « Je croyais qu’Arnaud était un ami. Je ne m’attendais pas à ça de sa part. Il m’a appelé jeudi (le jour de la sortie de Paris-Match) pour me dire qu’il était désolé. Je lui ai fait remarquer qu’il aurait pu interdire cette publication. Il m’a assuré qu’il n’était pas au courant, qu’il a découvert le journal comme tout le monde. Soit il est nul, parce qu’il aurait du être au courant, soit il est malhonnête parce qu’il savait ». En juin 2006, Lagardère virait Alain Génestar, quand bien même celui-ci avait tenté de se racheter, comme l’avait rapporté le Canard en décembre 2005, en gommant une phrase lors d’une interview de Yannick Noah : « Une chose est sûre : si jamais Sarkozy passe, je me casse ! ». En pure perte visiblement…

En octobre 2005, les émissions “Tout le monde en parle” de Thierry Ardisson, et “On a tout essayé”, de Laurent Ruquier, toutes deux produites par la boîte de production d’Ardisson pour France 2, décommandent au dernier moment le passage prévu des auteurs du livre “Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus”, au motif que « le livre pose des questions sans apporter de réponses » (sic) et qu’il était « impossible de trouver des contradicteurs à leur opposer » (re-sic).

Ironie de l’histoire, le livre cherchait précisément à lever la “relative omerta” qui entoure Nicolas Sarkozy, de pointer du doigt la brutalité verbale avec laquelle il traitait ses opposants. Ou encore le peu de temps de parole accordé auxdits opposants. Sans oublier ses directives visant à faire en sorte qu’il se produise un événement par jour autour de lui, afin que l’on ne parle que de lui.

Ce même mois, un autre décryptage de ses discours, sous forme de documentaire cette fois, intitulé “Sarkozy mot à mot” et réalisé par un journaliste de France 2 et une autre du JDD, est annoncé sur France 2. Il n’y sera jamais diffusé, pas plus que sur France 5, au motif que, après avoir été placardisé des mois durant, il était “daté” lorsqu’il s’est agi de le diffuser.

A défaut de le voir à la télé, on le découvrit sur internet, mais pas longtemps : DailyMotion, la plateforme française de diffusion de vidéos qui l’hébergeait, l’a finalement “retiré pour cause de non-respect des conditions d’utilisation”. Séverin Naudet, son “directeur des contenus et de la communication”, chargé des relations presse pour Hervé Gaymard en 2003 et 2004 et conseiller au ministère de la Communication jusqu’en 2006, a depuis rejoint le pôle communication de François Fillon en tant que conseiller technique chargé de la presse. Son poste chez Dailymotion fut quant à lui attribué à l’ancien chef du pôle multimédia au ministère de la Culture…

Surtout pas d’émeutes en novembre 2005

Nicolas Sarkozy sait aussi s’investir personnellement lorsque l’affaire lui semble grave. Alors ministre de l’Intérieur, le Canard Enchaîné avait révélé comment il avait convoqué, en novembre 2005, Vincent Barbare, responsable des éditions F1rst et l’avait “menacé de foudres judiciaires et variées” s’il publiait la biographie de Cécilia Sarkozy signée Valérie Domain, une journaliste de Gala, alors même que la promotion du livre était bien entamée : un tirage annoncé de 25.000 exemplaires, des préventes sur internet, des exclusivités sur RTL, France 3… Gala dénoncera même, dans son édito, “cette méthode arbitraire qui porte un nom : la censure”. Les menaces ont été prises très au sérieux par l’éditeur, qui imposa à l’auteur, Valérie Dolmain, de « romancer » son livre.

Toujours en novembre 2005, le cabinet de Nicolas Sarkozy demande à la direction de Canal + une cassette de l’émission “Nous ne sommes pas des anges”, où une invitée à osé dresser un parallèle entre le couvre-feu annoncé par Dominique de Villepin la veille et celui de Papon en octobre 1961, dénonçant « la gestion coloniale de cette crise » des banlieues. Canal + exige de la maison de production, filiale de Lagardère, qu’elle invite deux jours plus tard un maire UMP afin de contrebalancer les propos outranciers.

Deux jours plus tard, la direction de France 2 retire de son site web le reportage de son JT où l’on voyait des policiers tabasser des jeunes des cités afin, déclare Arlette Chabot, de ne « pas tomber dans la surenchère […] au risque d’envenimer les choses à la veille d’un week-end à risque ».

Nicolas Sarkozy décrochera d’ailleurs son téléphone afin de remercier Robert Namias et Arlette Chabot de leur discrétion : à l’instar de France 3, elles ont en effet levé le pied de leur couverture des émeutes de banlieues, et ne donnent plus, ni chiffres ni images des voitures incendiées. En mars 2007, accueillant Nicolas Sarkozy dans son émission “A vous de juger”, Arlette Chabot évitera soigneusement de poser quelque question que ce soit à Nicolas Sarkozy à propos de la polémique soulevée par Le Canard Enchaîné au sujet des frais de réfection “offerts” par le promoteur immobilier qui lui avait vendu son appartement de Neuilly.

En décembre 2005, Plantu, le dessinateur-vedette du Monde, reçoit un courrier de Nicolas Sarkozy des mains d’un policier en tenue, après la parution d’un dessin agrémentant l’alors ministre de l’Intérieur d’une petite mouche, petit “détail” qui accompagnant d’ordinaire les caricatures de Jean-Marie Le Pen. Le lendemain, Plantu lui accole trois mouches. Depuis, Sarkozy, qui avait déclaré préférer “un excès de caricature à un excès de censure” au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo, s’est plaint auprès de la direction du Monde pour avoir été caricaturé en petit chien, “en roquet”, ou encore pour avoir été affublé du brassard “I. N.” (pour “Identité Nationale”).

Certains savent ne pas prendre le risque de voir débouler un coursier porteur d’une missive de ce genre… En février 2006, le Canard révélait comment Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1, n’avait rien trouvé de mieux que de demander par téléphone à Nicolas Sarkozy son avis sur le journaliste chargé de suivre la campagne de l’UMP. Celui-ci n’y voyait rien à redire non plus : « Bien sûr. (…) J’ai été ministre de la Communication. Je suis ça de près, ça fait partie du travail politique. (…) Si vous saviez. Il n’y a pas qu’Elkabbach qui fait cela… ».

Mieux vaut ne pas oublier que Sarkozy a un oeil partout : en août 2006, ce dernier passe un savon à un rédacteur en chef de TF1 pour un reportage, jugé trop complaisant, sur les sans-papiers de Cachan.

En septembre 2006, un sondage commandé par La Tribune sur les préférences « en matière économique et sociale » des Français révèle que 54% des sondés font confiance à Ségolène Royal, contre 49% à Nicolas Sarkozy. la “une” du quotidien, qui devait titrer « Royal en tête sur l’économique et le social », est réintitulée « Économie : les Français se montrent moins pessimistes », le passage sur la candidate du PS étant soigneusement caviardé. Faut-il préciser que La Tribune appartient à Bernard Arnault, témoin au mariage de Nicolas et Cécilia ?

Suivre de très près ce que font les journalistes, c’est logique lorsque l’on est un homme politique qui aspire à la magistrature suprême. S’énerver du traitement médiatique s’il est négatif, cela peut se comprendre. Mais parvenir à influer sur ce traitement médiatique à ce point, c’est plus inhabituel. Le réseau d’amitiés avec les plus grands patrons de presse tissé par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était maire de Neuilly l’y aide grandement. Ainsi, lorsque Laurent Bazin, journaliste de iTélé, relate en décembre 2006 sur son blog les menaces à peine voilées exercées par Nicolas Sarkozy sur les journalistes de la chaîne, à l’occasion d’un déjeuner « off » organisé par la rédaction de sa chaîne, la direction de celle-ci lui demande de retirer cet article.

Elections : silence dans les rédactions

Sarkozy ira même jusqu’à juger en direct le travail des journalistes : lors de son passage dans le journal de France 3 Nord Pas-de-Calais, en mars 2007, il déclare ainsi “J’ai déjà vu des reportages malhonnêtes, mais celui-ci… félicitations”.

Ce même mois, il menace carrément de virer la direction de France 3, accusée de ne pas l’avoir traité avec suffisamment d’égards : comme l’avait alors révélé le Canard, il n’avait pas bénéficié d’une loge personnelle pour préparer son maquillage et son passage à France Europe Express.

Peur de déplaire au futur prince ? En avril 2007, les éditions Michalon avaient quant à elles refusé au magistrat Serge Portelli la publication de son dernier livre sur le bilan Sarkozy en tant que ministre de l’Intérieur et les dramatiques perspectives en matière judiciaire s’il venait à être élu. Motif : le livre était mauvais. Mal écrit ? Mal documenté ? A côté de la plaque ? On ne le saura jamais. L’auteur, brillant juriste et contradicteur efficace de Nicolas Sarkozy dans l’émission Ripostes du 10 décembre 2006, a trouvé un autre éditeur et le livre est paru. Pas si mauvais visiblement…

Le fait que Yves Michalon soit un ami personnel du candidat UMP à la présidentielle n’avait évidemment rien à voir avec le refus du livre par sa maison d’édition.

On se souvient également de la tirade de François Bayrou, évoquant des pressions exercées par Nicolas Sarkozy, dans l’entre-deux tours des présidentielles de 2007, pour que son débat télévisé avec Ségolène Royal n’ait pas lieu : « Je n’en ai pas la preuve mais j’en ai la certitude ». Il enfonçait le clou un peu plus tard : « Lorsque j’ai tenu une conférence de presse mercredi j’ai parlé de la part de Nicolas Sarkozy d’intimidation et de menace. C’est exactement là où on en est ». Et forçait même, en direct, l’animateur dudit débat à valider du bout des lèvres sa théorie.

Ses opposants, et notamment François Bayrou, ont plusieurs fois dénoncé la sureprésentation médiatique dont faisait l’objet Nicolas Sarkozy. Mais il y a plus subtil que les Unes complaisantes : la « coupe légère ». Un nouveau concept journalistique inventé par Patrick Poivre d’Arvor, présentateur vedette de TF1 qui avait d’ailleurs débouché le champagne dans les locaux de la chaîne le 6 mai 2007.

Après le deuxième tour, les discours de François Bayrou et de François Hollande ont été amputé de leur dernière minute. « Une coupe légère », pas bien grave donc, selon PPDA.

Sur France 2, le journalisme nouveau se pratique autrement. Plus finement. Lorsque l’on fait un reportage sur l’élection à Bordeaux, on cite quatre fois le nom d’Alain Juppé (en ballottage) et pas une seule fois celui de sa concurrente qui devient “la candidate socialiste”. Il faut savoir lire pour découvrir son nom qui apparaît deux fois écrit à l’écran.

L’intégration dans certains reportages télévisés d’images fournies par la société de production ETC suscita bien quelques remous à France Télévisions, mais pas de quoi fouetter un chat. La société ETC, chargée par Nicolas Sarkozy de filmer ses meetings de campagne, bénéficiait en effet de conditions privilégiées pour tourner des images du ministre-candidat, notamment une caméra réalisant des travellings spectaculaires, tandis que les journalistes télé, parqués sur les côtés de la salle, n’avaient que de mauvais angles de vue. Les journalistes CGT de France Télévisions protestèrent contre les « images de propagande » d’ETC qui sont parfois reprises dans les journaux télévisés, sans mention du fait qu’elles viennent du staff de campagne du candidat.

Déterminer d’où vient le vent et où il peut les porter est une activité difficile mais pas impossible pour les rédactions. A Elle, autre titre de la galaxie Lagardère, les articles très positifs sur Ségolène Royal se sont multipliés au début de la campagne. Après l’élection, l’objet de toutes les attentions est désormais Cécilia Sarkozy. Les limites du ridicule sont parfois allègrement franchies lorsque -par exemple- le journal compare sur plusieurs pages, en mai 2007 et photos à l’appui (mais ayant un effet contraire à celui souhaité), la désormais première négociatrice de France pour les prises d’otages, à Jacqueline Kennedy.

Côté ciseaux magiques pour protéger Cécilia, le Journal du Dimanche avait donné le ton peu après le deuxième tour des présidentielles. Un article expliquant qu’elle n’avait pas voté au premier tour a été mis à la trappe sur demande expresse d’Arnaud Lagardère (encore). Que sa propre femme n’ait pas jugé utile de voter pour Nicolas relevait, paraît-il, du domaine de la vie privée. Que cela puisse éclairer ou pas l’électeur lambda importait peu à ce patron de presse.

Autre groupe, autre patron prévenant. Vincent Bolloré, qui devait offrir des vacances royales sur son yacht au président fraîchement élu, avait pris soin, toujours en mai 2007, de faire sucrer un vilain article hongrois -repris de Courrier International par son gratuit Matin Plus- insinuant que la police française avait eu un comportement peu amène avec un groupe de musiciens roms à Roissy, et se permettant même de rajouter qu’“il y a trente ans, à l’époque brejnévienne, les autorités soviétiques agissaient de manière plus démocratique que ne l’ont fait, il y a quelques jours, les fonctionnaires français”.

En mai, fais ce qu’il te plaît

La complaisance journalistique pour le président peut parfois se muer en une sorte de protection rapprochée. Lorsque la polémique enfle sur les vacances de Nicolas Sarkozy offerte par Vincent Bolloré au lendemain de son élection, le Figaro publie un article expliquant à la France d’en bas que tous les présidents se sont offerts des vacances luxueuses. L’auteur de l’article n’est autre que Anne Fulda, avec qui Nicolas Sarkozy s’était consolé du départ de Cécilia à New York, où elle vivait une romance avec Richard Attias. Pas rancunière et prévenante…

Le silence est d’or, dit-on. C’est sans doute pourquoi aucun journalisme ne remet en question certaines énormités du nouveau locataire de l’Elysée. Les vacances de Nicolas Sarkozy sur le yacht de Vincent Bolloré provoquent une toute petite et courte (le temps d’en déclencher une autre et ainsi de suite) polémique. Pour se défendre, le Président indique que Vincent Bolloré n’a « jamais travaillé avec l’Etat ». Toute la presse reprend en coeur cette information. Une simple lecture du Bulletin des annonces légales obligatoires démontre pourtant qu’il s’agit d’un mensonge grand comme une talonnette présidentielle, mais personne ne tique.

Pas plus lorsque le président évoque son bilan de chef de la police : “En quatre années de ministre de l’Intérieur, il n’y a pas eu une seule bavure”. Silence des journalistes qui l’interrogent. La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité n’est pas de cet avis, pourtant : « Depuis le début de son activité, la Commission a enregistré 419 saisines. Au 1er septembre 2006, 129 dossiers restent à instruire. Son activité est marquée par une augmentation continue, passant de 19 saisines enregistrées en 2001 à 40 en 2002, à 70 en 2003 puis à 97 en 2004, et 108 en 2005. En cinq ans, le volume d’activité de la Commission a donc été multiplié par cinq. La progression semble se confirmer puisque entre le 1er janvier et le 1er septembre 2006, elle avait déjà reçu plus de 85 saisines”.

(…)

« Dans de nombreux dossiers, elle a relevé de la part des fonctionnaires des irrégularités dans les pratiques professionnelles : usage indu de la coercition (conduite au commissariat sans procédure ultérieure, placement en garde à vue injustifié, parfois en l’absence évidente d’une infraction, durée de garde à vue excessive) ; utilisation abusive des mesures de coercition (fouille de sécurité systématique et menottage serré contraires aux prescriptions de la circulaire ministérielle du 11 mars 2003 relative au respect de la dignité des personnes gardées à vue) ; emploi exagéré de gestes techniques professionnels d’intervention (GTPI) aboutissant à des blessures (notamment dans le cadre de reconduites à la frontière). Certains dossiers ont fait état de blessures graves et de séquelles irréversibles (traumatisme crânien, fractures de bras, du nez, de dents cassées, tympan perforé, lésions testiculaires), et deux affaires ont concerné le cas d’étrangers décédés dans l’avion à la suite de gestes de contrainte excessivement prolongés ».

Etc.

Connu pour être un tantinet rancunier (il avait par exemple promis « d’accrocher à un croc de boucher » les responsables de son implication involontaire dans l’affaire Clearstream), le président incite visiblement les responsables des rédactions à lisser… A éviter les problèmes, les conflits avec lui. Exit donc les émissions un peu trop impertinentes. Arrêts sur Images de Daniel Schneidermann sur France 5 ou La bande à Bonnaud sur France Inter semblent ainsi avoir fait les frais de la tendance au lissage à l’occasion de la nouvelle grille de rentrée 2007-2008.

Toujours en mai 2007, le Parisien décidait carrément de passer à la trappe un dossier consacré à l’influence de Sarkozy sur les médias : on y voyait une infographie rappelant que Lagardère contrôle 25% du groupe Amaury. Le quotidien préféra finalement publier des photos de Ségolène Royal de retour de Djerba, et de Nicolas à Brégançon. En août, c’est TF1 qui décide de passer à la trappe une interview exclusive, prévue pour être diffusée dans l’émission 7 à 8, de l’un des frères de Rachida Dati, récidiviste qui venait d’être condamné à un an de prison pour trafic de drogue.

Les médias traditionnels ne sont pas les seuls concernés. La SACEM avait ainsi demandé aux Inrocks, en janvier 2006, qu’ils retirent de l’une de leurs compilations la chanson “Tous les tizenfants” du collectif La Voix Off, détournement d’une interview de Sarkozy, au motif que “le montage des propos de Nicolas Sarkozy rappellerait certains crimes commis par les nazis, comme la sélection d’êtres humains ou leur suppression pour inutilité”. L’ex-chanteur du groupe NTM, Joey Starr, aurait lui aussi vu l’une de ses chansons retirées, en octobre 2006, de son album au motif que Nicolas Sarkozy luttait alors aux côtés des majors contre les téléchargeurs, et que Sony, sa maison de disque, ne voulait pas l’offusquer avec ce titre délicatement intitulé “Sarko tiens ta femme et tu tiendras la France”.

En juin 2007, Nicolas Sarkozy qui tient beaucoup à l’image qu’il véhicule dans les media se retrouve à la une du Web avec une vidéo qui n’aura pas la même publicité à la télévision française. Il s’agit d’un extrait d’un journal télévisé belge dans lequel le journaliste s’interroge sur ce qu’à bien pu boire Nicolas Sarkozy au G8 vu son état lorsqu’il se présente à une conférence de presse dans un état très particulier.

Début septembre 2007, c’est Christine Albanel qui prend la plume pour s’offusquer de l’éditorial “particulièrement déplacé” de la plaquette 2007-2008 du théâtre du Granit à Belfort qui évoquait, avec humour, “les conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences” de l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée : “J’ai par exemple découvert que mon voisin, avec lequel j’entretenais des rapports tout juste polis, n’a pas voté pour Nicolas Sarkozy. Du coup, non seulement ça simplifie les questions de clôture et de mitoyenneté, mais en plus, s’il a besoin, je suis prêt à lui garder son chien”.

Mi-septembre, c’est une lettre manuscrite que Nicolas Sarkozy porte sous le bras à la sortie du conseil des ministres qui déclenche une petite discussion digne de la dictée de Pivot. Le magazine Choc (Lagardère) prévoit initialement de publier une double page sur le contenu amusant de cette missive. Mais se ravise au dernier moment. « J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité et tu me manques. Jeudi on part faire notre virée à Essaouira pour mon (illisible). Mais j’aimerais bien réussir à te voir la semaine ou le week-end suivant. Millions de Besitos. », peut-on lire sur la lettre. “C’est moi qui l’ai écrite”, explique après la polémique et les interrogations de la presse, Isabelle Balkany. Et elle l’adressait à Cécilia. Mais les puristes rappellent que dans ce cas, « vu » devrait être écrit « vue ». Mais à quoi pourrait bien servir l’orthographe pour une droite décomplexée qui estime par la voix du Premier ministre et de la ministre de l’Economie qu’il n’est plus nécessaire de perdre du temps à réfléchir ?

On aurait tort, pour autant, de se contenter de dénoncer les relents de censure et d’auto-censure liées à Nicolas Sarkozy. Il lui arrive parfois de dire du bien de journalistes, et même d’en embaucher certains, telles Myriam Lévy, qui avait couvert la campagne de Ségolène Royal pour le Figaro, et qui s’est retrouvée conseillère en communication de François Fillon, ou encore Catherine Pégard, qui avait couvert la campagne de Sarkozy pour Le Point, et qui a été nommée conseillère du nouveau président.

Nicolas Sarkozy s’était aussi illustré en prenant son téléphone pour défendre Karl Zéro lorsque la direction de Canal + voulait s’en séparer. C’est aussi lui qui, le premier, annonça l’arrivée d’Harry Roselmack au JT de 20 heures de TF1, laissant presque entendre que c’était lui qui en avait eu l’idée. Mais il a fait encore mieux : c’est en effet l’Elysée qui a annoncé l’arrivée de Laurent Solly, alors directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, à la direction de TF1. On n’est jamais mieux servi que par les siens. D’ailleurs, un mois plus tard, en juin, en introduction d’une interview que Nicolas Sarkozy allait lui accorder, PPDA présentait son JT depuis les salons de l’Elysée.


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Lettre d’un cheminot gréviste

Posté par goalexandre le 20 novembre 2007

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Lettre d’un cheminot gréviste
Message de windsor67 le Date à 19/11/07 21:07

on me l’a fait parvenir:

Chère cliente, cher client,
Je suis en grève aujourd’hui et je l ‘ assume. Oui, j ‘ assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j ‘ assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes.

On m ‘ accuse de vous prendre en otage. Mais vous ai-je enfermés, vous ai-je attachés ? Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre. J ‘ assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes. Parce que moi aussi, je dois faire garder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j ‘ ouvre ma boite à factures qui naguère s ‘ appelait boite aux lettres, moi aussi je m ‘ affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société. Oui, je l ‘ assume. Comme j ‘ assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison. Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s ‘ arrête le vôtre, et vice versa.

Quand j ‘ ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j ‘ ai pesé le prix de ma mise à l ‘ écart de la vie collective, par les horaires farfelus. Ce prix, je l ‘ ai accepté et j ‘ entends me le faire payer.

Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d ‘ avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d ‘ avoir un emploi en comptant les chômeurs ? Doit-on se sentir coupable de se défendre ?

Ma défense, je l ‘ ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ? Vous avez la réponse aujourd ‘ hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de coté l ‘ argent nécessaire à ce combat. S ‘ il le faut celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année. Quoi, j ‘ aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ? Et bien ça aussi je l ‘ assume.
Et sans aucune honte depuis que j ‘ ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à cent mille euros, dans les grandes sociétés, visait aussi maintenant le marché des particuliers en France. Donc il y a des particuliers en France qui peuvent acheter des écrans plasma à 100.000 euros.
Pas moi.
On me donne 2600 euros par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité.
On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort.

C ‘ est aussi pour ça que j ‘ assume de faire grève aujourd ‘ hui.

On m ‘ accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réforme est nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d ‘ Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du sénat au blog débile, j ‘ ai acquis la conviction que tous cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos dirigeants avaient préparé ces échéances comme j ‘ ai préparé cette grève.

On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même or n ‘ importe quel économiste honnête vous le dira, en 2000, l ‘ effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées. On a montré que le petit bout de la lorgnette, on n ‘ a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce problème du baby boom ? Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu ‘ il suffisait de remplir le fond de réserve des retraites créé en 2002, la seule véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu ‘ une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu. C ‘ est cette voie qu ‘ ont choisie nos dirigeants, c ‘ est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les suffrages. Alors cette politique qui n ‘ est pas la mienne, je l ‘ assume y compris les conséquences, y compris cette grève.

Aujourd ‘ hui, je refuse de faire mon travail dans la société parce que j ‘ ai un différent à régler avec cette société. J ‘ utilise un moyen légal, constitutionnel, occasionnant une gêne que j ‘ assume pleinement parce que je suis dans une entreprise qui fait des bénéfices et qui, seule, paye les avantages de mon régime de retraite. Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, soit environ 500 millions, pour compenser un âge de départ inférieur au vôtre, dans des conditions souvent inférieures aux vôtres d ‘ ailleurs. Le reste ? C ‘ est ce que nous payerions ensemble si nous étions dans le même régime. D ‘ ailleurs la compensation entre régimes bénéficie à 93.7% aux artisans, commerçants, salariés et exploitants agricoles, et en 2015, mon régime ne sera plus bénéficiaire du système mais deviendra contributeur. Ces 12% sont à moi, pas à mon entreprise qui voudrait bien les récupérer. Comme les cotisations patronales, que les patrons appellent volontiers « charges », sont à vous, payant par avance votre droit à la santé ou à la retraite. C ‘ est parce que la seule personne volée dans cette réforme c ‘ est moi, j ‘ assume totalement de réclamer mon dû. On me dit que ce sont finalement les clients qui payent. L ‘ a-t-on dit aussi fort aux clients de Carrefour qui on payé les conditions de fin d ‘ emploi du patron d ‘ alors ? Le dit-on aussi fort de toutes ces retraites chapeaux, primes de départs et autres joyeusetés faites aux dirigeants des grandes entreprises ? Le dit-on aussi fort des avantages d ‘ autres salariés ? A ce dernier titre, il est bon de calculer que 5 années de bonus sur une carrière de 40 ans ne représentent finalement guère plus qu ‘ un mois et demi par an. Je n ‘ ai jamais eu de treizième mois, l ‘ avantage est-il si exorbitant ?

Alors j ‘ assume ne pas vouloir perdre ces 12% de retraite dans cette réforme qui ne vous apportera rien.
Le gain escompté est de l ‘ ordre de 200 millions d ‘ euros par an, au maximum.
A ce rythme, il faudra 75 ans pour rembourser les 15 milliards de cadeaux fiscaux faits cet été ! Suis-je encore le privilégié de cette société ?

Mais plus encore. Cette réforme, comme les précédentes, vous coûtera beaucoup, elle nous coûtera beaucoup à tous. Parce que c ‘ est la solidarité que l ‘ on tue aujourd ‘ hui. Cette solidarité voulue par nos pères au lendemain de la guerre, cette solidarité insupportable pour qui se réclame du libéralisme et du chacun pour soi. Cette solidarité dont le sens profond ne dépasse pas, pour notre gouvernement, la notion de l ‘ aumône dominicale. Mais pour moi elle a un sens, parce qu ‘ elle est profondément humaine. C ‘ est elle, le ciment de notre société.
A quoi bon vivre comme les loups où le couple dominant mange en premier et où le dernier mange ce qui reste ? Tous mangent, certes, mais est-ce le modèle que nous voulons pour notre société ? Est-ce l ‘ exemple pour nos enfants ? Ma conviction profonde est que la société humaine ne peut être basée que sur la solidarité, sur l ‘ entraide mutuelle. C ‘ est ce à quoi je crois et c ‘ est pour cela que j ‘ assume ce combat.

Et je me souviens de 1995. Vous étiez derrière nous à 75% ! Autre époque où nous portions l ‘ espoir, où l ‘ on a vu des personnes venir apporter une journée de salaire dans notre caisse de grève en nous demandant de faire la grève pour eux. La grève ce n ‘ est pas mon métier. J ‘ assume d ‘ avoir laisser tomber cet espoir faute de pouvoir le porter seul. J ‘ assume aujourd ‘ hui de me battre d ‘ abord pour moi, règle première de cette société libérale que je veux combattre. C ‘ est paradoxal ? Oui, mais j ‘ assume ce paradoxe parce que vous ne m ‘ aimez plus aujourd ‘ hui et que cette désaffection est le fruit d ‘ un combat que vous n ‘ avez pas voulu mener, croyant à tort que je le ferais pour vous. Nos père se sont battus, certains sont morts, pour nos congés, nos retraites, notre santé et pour bien d ‘ autres choses encore. Qui se souvient aujourd ‘ hui du prix payé par eux pour nos avantages de salariés de pays riche ?

Certains perdront leur boulot paraît-il. Mais qui est assez stupide pour m ‘ accuser moi et laisser en paix cette crevure de directeur du personnel qui utilisera cyniquement cet alibi, celui-là qui se trouve incapable de considérer son prochain comme son égal dans la difficulté ? Et bien, oui, j ‘ assume de fournir cet alibi fallacieux à cette personne qui ne devrait rien avoir à faire dans la société des hommes.

Il n ‘ y a pas si longtemps, nous, cheminots, avions un slogan plein d ‘ avenir, nous voulions partager le progrès pour tous. Souvenez-vous : « Le progrès ne vaut… » Où est-il ce progrès, aujourd ‘ hui où l ‘ Homme de ce siècle a enfermé sa liberté dans une télé et un portable ? Où l ‘ on vante les soi-disant mérites du libéralisme sans parler de ses inconvénients comme la précarité ? Où l ‘ on détruit l ‘ avenir de nos enfants en oubliant les combats de nos pères ? Où l’on brade notre société solidaire pour peu qu ‘ on nous fiche la paix ? Où est-il le progrès aujourd ‘ hui ?

J’assume tout cela, chère cliente, cher client, j ‘ assume tout.

 

 

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LETTRE DE SEGOLENE ROYAL DEPUIS BUENOS AIRES

Posté par jeanluke le 29 octobre 2007

Amigas, Amigos,

Je vous écris de Buenos Aires où je suis arrivée vendredi et où j’ai rencontré Cristina Kirchner, candidate favorite de l’élection présidentielle argentine. Ne soyez pas surpris par la graphie de cette petite lettre depuis l’hémisphère sud : je l’ai tapée pour partie sur un clavier espagnol qui ne comporte pas les mêmes signes et, après transfert sur un « azerty » francophone, les corrections laissent certainement à désirer ¡

Vendredi, donc, arrivée dans cette ville qui est vraiment l’une des plus belles du monde. Les valises sont restées à l’escale de Sao Paulo mais qu’importe ¡ Il faut savoir voyager léger…

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Lettre de Buenos Aires

Posté par jeanluke le 29 octobre 2007

Amigas, Amigos,

Je vous écris de Buenos Aires où je suis arrivée vendredi et où j’ai rencontré Cristina Kirchner, candidate favorite de l’élection présidentielle argentine. Ne soyez pas surpris par la graphie de cette petite lettre depuis l’hémisphère sud : je l’ai tapée pour partie sur un clavier espagnol qui ne comporte pas les mêmes signes et, après transfert sur un « azerty » francophone, les corrections laissent certainement à désirer ¡ Vendredi, donc, arrivée dans cette ville qui est vraiment l’une des plus belles du monde. Les valises sont restées à l’escale de Sao Paulo mais qu’importe ¡ Il faut savoir voyager léger…

J’ai rendez-vous à 17 heures avec Cristina, dans sa résidence privée. Son avance sur les autres candidats est telle que tout le monde la donne gagnante, la seule question étant de savoir si ce sera dès le premier tour ou a l’issue du second.
La campagne s’arrêtant le vendredi, Cristina a prévu de partir jusqu’à dimanche, jour du vote, en Patagonie, la région dont elle a été longtemps l’élue et dont son mari, Nestor Kirchner, a été le gouverneur avant d’être Président de la République argentine. Là-bas, dans la ville de Calafete, a 3.500 km de Buenos Aires, elle a sa maison, ses bases.

Elle a repoussé son départ pour me recevoir et j’en suis très touchée.

Nous nous étions vues en février à Paris lorsque j’étais en campagne, nous avions surtout parlé de la France, je suis heureuse de lui rendre, dans son pays, cette politesse amicale. Cette fois-ci, nous avons surtout parlé de l’Argentine dont je trouve le redressement économique spectaculaire et l’expérience politique de ces dernières années très intéressante dans un monde en pleine recomposition.

Je suis curieuse de voir de plus près comment un pays plein de potentiel mais acculé à la faillite par le dogme du « consensus de Washington » a repris ses affaires en mains en s’affranchissant de cette idéologie ultra-libérale et en redonnant à l’Etat un rôle d’impulsion et de régulation.

C’est un débat qui traverse aujourd’hui toute l’Amérique latine, majoritairement gouvernée à gauche. Des gauches différentes, bien sûr, qui sont loin d’être d’accord sur tout. Mais des gauches qui, pour beaucoup, savant bien que si le marché est un bon serviteur, il est un mauvais maître… Des gauches qui ont tiré les leçons des tentatives de passage en force des années 70 et des coups d Etat qui, sur fond de guerre froide, les ont noyées dans le sang. Des gauches qui ont montré qu’elles sont, plus que la droite, capable d’entraîner l’électorat centriste et de nouer des alliances à vocation majoritaire.

Ces questions, des pays comme l’Argentine, le Chili où je serai demain, le Brésil et bien d’autres se les posent dans ce vaste sous-continent qui est un des laboratoires de notre modernité. Elles nous intéressent directement car ce que nous vivons n’est pas simplement une époque de changements : c’est un changement d’époque. Le monde entier est à la recherche d’un modèle de développement qui conjugue croissance économique, responsabilité et même investissement environnemental, réduction des inégalités et, à l’échelle de la planète, partage plus équitable du pouvoir dans une perspective forcement multipolaire.

J’ajoute que l’Amérique latine s’illustre aussi, ces derniers temps, par l’accès au pouvoir de catégories qui en furent longtemps bannies : les femmes, les Indiens, les syndicalistes, les militants de la « génération sacrifiée » victime de la répression des dictatures militaires. Et se pose, elle aussi, la question des formes que pourrait prendre son intégration régionale et la question du rééquilibrage de sa relation avec les Etats-Unis.

Raison de plus pour aller y voir de près et retrouver Cristina à un moment privilégié où l’histoire est en train de se faire et où nous pouvons parler très librement.

Nous nous embrassons chaleureusement et nous installons côte à côte sur un divan. Je la retrouve comme dans mon souvenir : élégante et déterminée. Je la questionne sur la situation économique de son pays. Nous évoquons la croissance très dynamique de l’Argentine alors qu il y a 5 ans à peine, elle connaissait une crise économique, financière et sociale qui s’était traduite par un effondrement de plus de 11% de son produit intérieur brut, par un endettement record (111 milliards d’euros) sans capacité de remboursement, par une paupérisation massive des couches moyennes et un basculement de 50% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, la croissance tourne autour de 8%, 2,5 à 3 millions d’emplois ont été recréés, la dette de l’Etat a été restructurée par des mesures rigoureuses qui portent leurs fruits, le prêt jadis accordé par le FMI a été remboursé par anticipation en même temps que le gouvernement de Nestor Kirchner s’affranchissait de cette désastreuse tutelle. La devaluation du peso naa pas debouché sur l’adoption du dollar et, si douloureuse qu’elle ait initialement été, a fouetté l’essor de l’industrie nationale et des investissements en renchérissant le coût des importations.

Bien sûr, Cristina en est très consciente, tout n’est pas réglé. L inflation est forte, les inégalités se sont creusées même si le taux de pauvreté et le chômage ont beaucoup reculé, l’insecurité énergetique reste une faiblesse de l’économie argentine. Comme me l’explique Cristina, le rationnement de l’énergie qu il a fallu imposer aux entreprises après un hiver tres froid, « nous a coûté un point de croissance ». Elle souligne l’importance de cette « équation énergétique » pour l’avenir du pays et ironise sur ceux qui diabolisent Hugo Chavez, le president d’un Venezuela gros producteur de pétrole avec lequel l’Argentine a passé des accords de fourniture : « il faut, me dit-elle en riant, être intelligents ¡ » plutôt que dogmatiques, coopérer n’est pas s’aligner et, clin d’oeil aux Européens qui courtisent la Russie, « sur le plan énergetique, Chávez n’est pas pire que Poutine ¡ ». Elle souhaite aussi approfondir la cooperation avec le Brésil, premier partenaire énergtique de l’Argentine, et faire valoir aux investisseurs brésiliens que le taux de change leur est favorable.

Quand je l’interroge sur l’inflation, elle reconnait que c’est un vrai problème mais, ajoute-t-elle, « il ne faut pas confondre une inflation sans croissance et une inflation avec croissance, ce n’est pas la même chose », point de vue certes hétérodoxe pour les adeptes des monnaies fortes a tout prix, y compris au détriment de la croissance et de l’emploi, mais choix politique assumé, même si le gouvernement argentin a gelé les tarifs publics et imposé un contrôle des prix dans la grande distribution. L’évaluation du niveau d’inflation est aujourd’hui vivement débattue en Argentine où certains accusent les statistiques officielles de la sous-estimer. Pour Cristina, le chiffre de 11% d inflation correspond à la réalité. Elle souligne que le chiffre du FMI n’est supérieur que d’un point (12%) et que, « si l’inflation atteignait 20% ou 25%, comme certains l’ont dit pendant la campagne électorale, les gens seraient déjà descendus dans la rue ¡ ».

Elle m’explique aussi comment elle souhaite promouvoir, par une négociation tripartite entre l’Etat, les entreprises et les représentants des salaries, ce qu’elle appelle « un nouveau modèle d’accumulation » qui englobe, au delà des salaires et des prix, toutes les dimensions d’une croissance plus équitablement partagée. J y vois des points communs avec ce que, durant ma campagne, j’ai appelé « un nouveau modèle de croissance ».

Visiblement, Cristina n’accepte pas que les grands bailleurs de fonds internationaux ramènent l’Argentine à une situation dont elle s’est arrachée. Elle me dit qu’il n’est pas question, pour elle, d’accepter les conditions mises par le Club de Paris à la renégociation de la dette argentine : l’avis du FMI, c’est à dire le retour sous la tutelle dont l’Argentine n’a eu de cesse de s’affranchir ¡ Ce n’est, me dit-elle, pas admissible économiquement et pas admissible politiquement. L’Argentine a fait de gros efforts de désendettement pour assainir sa situation et récupérer la maitrise de son destin, pas question que le Club de Paris la tire en arrière. Cristina me dit qu elle n’a pas l’intention de se laisser faire, qu’elle est allée discuter avec les Allemand et les Japonais, principaux créanciers de son pays. Elle me dit en riant espérer que Dominique Strauss-Kahn, désormais à la tête du FMI, aura à cœur d’en changer les mœurs et les pratiques impérieuses et ravageuses, son pays en sait quelque chose, pour ceux qui se conforment à ses diktats. Je lui dis que, compte tenu de la personnalité et de l’expérience de DSK, cet espoir me parait fondé.

Nous évoquons également ce préjugé tenace, sous toutes les latitudes, qui veut qu’en matière économique, les femmes politiques soient toujours soupçonnées de moins s y connaitre que leurs homologues masculins. Je lui raconte que c’est arrivé à Angela Merkel jusqu’à ce que les milieux économiques s’aperçoivent qu’elle était fort compétente. Cristina me dit avoir multiplié les contacts avec les chefs d entreprise parce qu’elle sentait bien qu’ils s’inquiétaient de savoir quelle était, sur ces sujets, sa vision des choses. Elle entend poursuivre la bataille pour le redressement économique de l’Argentine que Nestor Kirchner a engagée avec détermination et succès. « Nous avons, me dit-elle, parfaitement intégré les règles macro-économiques de base, cela va de soi. Mais qu’on ne vienne pas me raconter que l’économie est une science exacte, c’est une science sociale et humaine ¡ ». Nous nous accordons sur cette idée qu’il n’y a pas de loi d’airain qui priverait la politique de toute marge de manœuvre.

Nous évoquons aussi les perspectives de la croissance mondiale, les déséquilibres de l’économie américaine, les errements du système financier globalisé dont la récente crise des « subprimes » a montré les dangers. Cristina estime que le système a atteint un tel degré de sophistication qu’il échappe a tout contrôle. Les fonds d’investissement, parce qu’ils se soustraient à toute régulation, deviennent un facteur d’instabilité économique, sociale et même politique. Or que se passe-t-il quand une crise se propage ¿ C est l’Etat qui doit limiter les dégâts comme l’a fait, me dit Cristina, le gouvernement anglais en volant au secours d’une de ses grandes banques en perdition. Nous sommes l’une et l’autre bien d’accord que la crise financière de l’été est un avertissement. Il y a urgence à bâtir des mécanismes de régulation. Pour elle comme pour moi, c’est clair : la mondialisation, loin de disqualifier les Etats, appelle de nouvelles formes d’intervention de la puissance publique pour en saisir toutes les opportunités et, en même temps, se protéger des risques d’une financiarisation aveugle et livrée a elle-même.

Au fil de la conversation, nous abordons aussi les questions agricoles, très importantes pour l’Argentine dont les exportations alimentaires (soja, riz, maïs, vin, viande) tirent la croissance, sur fond d’explosion des cours mondiaux et de besoins croissants des marchés émergents de Chine et d’Inde. Cristina a l’habitude de souligner que ces marchés sont une chance pour son pays car il est impossible de ne compter que sur l’Occident « qui exige que nous payons nos dettes mais bloque nos importations en subventionnant sa propre agriculture ».

C’est une question que je me suis souvent posée, je la pose à Cristina : qu’as-tu appris de ton pays au fil de cette campagne ¿ « Je l’ai, me dit-elle, vraiment sillonné dans tous les sens et j’ai découvert en lui, malgré toutes les difficultés qu’il a affrontées et affronte encore, une réserve d’optimisme et une formidable capacité de changement. Un changement qui prend appui sur les résultats de ces quatre dernières années et qui nous pousse à inventer un autre modèle que celui qui a dévasté nos régions et ruiné notre compétitivité. Quand je suis allée, par exemple, dans la région viticole de Mendoza, j’ai été frappée par la rapidité de sa métamorphose : une zone jadis sinistrée par un taux de change peu favorable pour nos exportations et qui est aujourd’hui entièrement reverdie, couverte de vignes qui produisent et exportent un excellent vin ». Pour elle, c’est un exemple parmi d’autres du dynamisme des Argentins et de leur capacité à remonter la pente dès lors que l’Etat lève les obstacles à la croissance.

Nous parlons aussi des questions relatives à la sécurité, qui deviennent, là-bas comme ici, une préoccupation plus forte. Cristina me dit que l’Argentine, comme le Chili et l’Uruguay, jouissent d’un niveau de sécurité appréciable par rapport à des pays comme le Brésil ou le Mexique. Cependant, la société argentine éprouve un sentiment d’insécurité qu’il faut prendre au sérieux et qui a à voir avec l’extrême insécurité sociale des années de crise et avec le trafic de drogue, en particulier d’un sous-produit particulièrement meurtrier de la cocaïne. Je me retrouve dans sa manière d’aborder ces sujets. Sa conviction est qu’on ne peut isoler le traitement de la sécurité du règlement des autres problèmes qui inquiètent les Argentins : « il n y aura pas de sécurité, me dit-elle avec conviction, sans résoudre les problèmes d’emploi, d’éducation, de santé, de justice, de corruption ». Comme moi, elle pense que tout se tient.

Nous parlons de nos expériences respectives de campagne et je lui demande son pronostic. Prudente, elle me répond : « j’ai mené beaucoup de campagnes électorales et je sais qu’on n a jamais gagné une élection avant six heures du soir ¡ Il faut d’abord compter et recompter tous les bulletins de vote avec humilité… ».

Nous plaisantons des remarques machistes que nous avons, l’une et l’autre, essuyées en campagne. Nous nous souvenons d’Angela Merkel et de Michelle Bachelet qui, elles non plus, n’avaient pas été épargnées. Cristina me dit que tout cela l’atteint peu, qu’elle a déjà une longue expérience politique, qu’elle a été élue députée et sénatrice bien avant que son mari soit Président de la République. Elle me dit qu’elle a décidé une fois pour toutes d’être elle-même : une femme politique à part entière, qui assume et sa féminité et sa combativité. Nous tombons d’accord sur le fait que, face à ces combats d’arrière-garde, mieux vaut ne pas s’abaisser à répondre aux attaques.

Je ne peux pas tout vous raconter ici par le menu car, en une heure d’entretien, nous avons parlé de bien des choses : des droits des femmes, en particulier de l’accès à la contraception, du fait que l’Argentine n’est pas un Etat laique au sens où, en France, nous l’entendons, des droits de l’homme et de tout le travail mémoire et de justice accompli sur les années de dictature. De choses plus personnelles aussi, comme la façon dont nos enfants ont vécu nos campagnes. Cela m’a amusée car ce que son fils a demandé une fois à Cristina – « est ce qu’un jour on sera enfin seuls ¿2 -, un de mes fils ou une de mes filles aurait pu me le dire dans les mêmes termes¡

Cristina m’a aussi interrogée sur la France et sur les perspectives de la gauche. Nous avons plaisanté sur l’étrange fascination que semble exercer M. Bush sur un certain type d’hommes politiques européens : Aznar, Berlusconi, auxquels cela n a pas porté bonheur. Un autre aussi, peut-être, plus près de nous… J’ai été frappée de ce qu’elle m’a dit sur la violence du rejet dont les Etats-Unis font aujourd’hui l’objet dans toute l’Amérique latine. Un rejet, selon elle, plus fort encore que celui des années 60 ou 70. C’est le triste résultat de l’administration américaine, alors même que Bill Clinton avait réussi à redresser l’image de son pays.

C’était un échange franc, amical. Je l’ai remerciée d’avoir, dans la dernière ligne droite de sa campagne, pris le temps de cette conversation. Nous nous sommes embrassées et souhaité bonne chance.

J’ai repensé, en la quittant, à cette phrase de Borgès, immense écrivain argentin, dont j’avais emporté un livre et qui exprime « la conviction que le combat peut être une fête ». Cela me va.

J’ai eu, depuis, d’autres passionnantes rencontres que je vous raconterai, notamment avec la Centrale des Travailleurs Argentins, une organisation syndicale indépendante, pluraliste, combative, dont j’ai rencontré la direction nationale, aguerrie dans les années de lutte contre la dictature. Leur démarche d’affiliation individuelle des travailleurs précaires et de ceux de l’économie informelle, très développée en Argentine, m’a paru extrêmement intéressante mais je vous raconterai tout ça un eu plus tard car là, j’ai rendez-vous avec les Mères de la Place de Mai.

Hasta luego ¡

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Buenos Aires.

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